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Critiques / Théâtre

Lorenzaccio d’Alfred de Musset

par Marie-Laure Atinault

Envoûtant. Un Lorenzaccio étonnant, violent, inoubliable.

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La façade du château de Grignan n’en revient pas ! Des danseurs ont pris possession de la belle cour, et c’est la première fois. Le projet est ambitieux, un peu fou, courageux. Trois têtes pensantes et très bien faites pour ce projet. Marie-Claude Pietragalla avait envie de monter une pièce avec Julien Derouault, d’imbriquer jeu et danse. Que le comédien et le danseur fusionnent dans un même corps. Pour être un bon danseur il faut être un bon interprète sinon il n’y a que la technique. Il ne faut jamais craindre de souligner les évidences. Marie-Claude Pietragalla a demandé à Daniel Mesguich, d’être leur œil théâtral.

Lorenzaccio est une pièce d’Alfred de Musset, un drame romantique écrit en 1834. La pièce est longue (plus de 6 heures), l’action se déploie sur une multitude de lieux, foisonnants de personnages. Le personnage principal est de taille, puisqu’il s’agit de Florence, la ville des Médicis. Alfred de Musset serait aujourd’hui scénariste et son Lorenzo un héros de série. C’est du théâtre à lire dans un fauteuil avec son lot d’exotisme, de folklore, de passion, d’histoire.

Pour ceux qui n’ont jamais vu la pièce, il s’agit de la révolte et du complot ourdi par le jeune Lorenzo contre son cousin, le Duc Alexandre de Médicis. Il règne en tyran et le jeune Lorenzo épris de justice décide de le tuer. IL devient l’un des courtisans, n’hésitant pas à se faire passer pour un lâche, un bouffon, un mauvais garçon au risque de se perdre. Florence est 1537 le siège de toutes les passions, de toutes les luttes pour le pouvoir.
Les metteurs en scène doivent faire des coupes, choisir des angles.
L’idée première est de créer une nouvelle forme, d’imbriquer danse et théâtre, non pas que l’un ou l’autre intervienne en contre point, en faire valoir ou en illustration. Non, il ne s’agit pas d’avoir un gentil ballet pour représenter une bonne scène d’orgie ou de foule. Le projet n’est pas là. Il faut trouver une respiration, un souffle pour ouvrir la voie de cette passionnante expérience. Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault ont mis un an à réunir la troupe. Très vite, il est évident que ce soit le très charismatique Julien Derouault qui endossera les tourments de Lorenzaccio.

Il offre un Lorenzaccio comme on n’en a jamais vu. Tel un animal qui entre dans l’arène, Lorenzo sait courber l’échine face aux quolibets car il veut atteindre son but. Julien Derouault, le corps recouvert de tatouage, comme ceux des guerriers antiques, chevelure hirsute mais très coiffée, est comme un chevalier relooké par Jean-Paul Gaultier. Il est magnifique, attire tous les regards. A Son étonnante virtuosité de danseur, s’ajoute celle d’un comédien supérieur. Il fait oublier la technique, la prouesse physique, nous faisant croire l’espace d’un instant d’inconscience que nous pourrions le suivre. Alors qu’il fait des arabesques, des portées ou des équilibres, il vit son texte avec intensité. La voix est sûre, ferme, l’émotion de cet ange perdu palpable. Il a dompté la pesanteur. IL se tord, se redresse comme dans Matrix. Il est un merveilleux comédien.

Marie-Claude Pietragalla interprète la Marquise Cibo dont Alexandre est amoureux. Long tutu et jaquette très ajustée pour souligner à quel point ces femmes sont engoncés dans leurs vêtements et leur condition. Elle apparaît comme une récompense, car voir Marie-Claude Pietragalla est un moment rare. Bien qu’amusé, nous sommes plus sceptiques sur le cardinal à roulette, bien que Simon Dusigne s’en tire fort bien. Abdel Rahym Madi est le Duc Alexandre. Il est comme un prédateur prêt à bondir. Il est d’une beauté sauvage. Les Scènes qu’il partage avec Lorenzo sont d’une intensité folle.

On est frappé par la connexion entre notre époque et celle de la pièce. Il y a toujours des Alexandre et même si le geste de Lorenzaccio semble vain, il ne faut jamais laisser les tyrans s’installer.

Au début, le projet semblait fou, hybride mais quand on voit le résultat, c’est-à-dire un spectacle d’une inventivité folle joué par des artistes de talent, on ne peut qu’applaudir ce spectacle d’une rare beauté avec un Lorenzaccio magnifique.

Les Fêtes nocturnes de Grignan 2017
Lorenzaccio
D’Alfred de Musset
Mise en scène Marie-Claude Pietragalla, Daniel Mesguich, Julien Derouault
Conception visuelle et scénographie 3D Gaël Perrin
Création costumes Sylvaine Colin , Création musicale Yannaël Quenel , Création lumière Samuel Boulier.

Avec, Julien Derouault (Lorenzo de Médicis), Marie-Claude Pietragalla (Marquise Cibo), Abdel Rahim Madi (Duc Alexandre de Médicis), François Pain-Douzenel (Philippe Strozzi), Anouk Viale (Marie Soderini), Simon Dusigne (Cardinal Cibo), Fanny Gombert (Catherine Ginori), Caroline Jaubert (Louise Strozzi, Tebaldeo), David Cami de Baix (Pierre Strozzi), Benjamin Bac (Giomo, Scoronconcolo), Olivier Mathieu (Salviati)
Fêtes nocturnes de Grignan 2017 / 21h00 / du 21 juin au 19 août.
Tél : 04 75 91 83 65 leschateaux.ladrome.fr

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