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Critiques / Théâtre

Letter to a Man d’après le Journal de Nijinsky

par Gilles Costaz

La folie d’un danseur de génie

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Dément et passionnant Nijinsky. Après l’excellent spectacle de Daniel San Pedro et Brigitte Lefebvre donné au TOP et à Chaillot, Les Cahiers de Ninjinsky, c’est au tour du duo américain Robert Wilson et Mikhaïl Baryshnikov de s’intéresser aux écrits intimes laissés par le grand danseur russe. La composition très graphique de Wilson s’inscrit très bien dans l’Espace Cardin où le Théâtre de la Ville vient de s’installer (pour la durée des longs travaux en cours qui vont rénover la salle de la place du Châtelet). Lumières bleues, rouges, abstraction des lignes et des atmosphères, figures d’animation, changements perpétuels de l’image, descentes d’éléments depuis les cintres, métamorphoses du personnage unique en liberté ou dans une boîte translucide (assis ou tête bêche !) : tout est possible à l’imagination et à la technique de Wilson qui place son unique interprète, l’illustre Baryshnikov, en des points toujours changeants grâce aux lumières, au trucage et à la vidéo. En smoking, style Fred Astaire, le danseur esquisse des pas de danse et ce ne sont jamais que des esquisses, pour que tout ne soit que signe et évocation. Le texte, qui n’est pas exactement celui de Nijinsky (il a été très légèrement adapté par Christian Dumais-Lvowski), est dit par micro hf ou (dans une grande proportion) enregistré ; il est égrené de façon impeccable et implacable. Dans la traduction donnée en surtitrage, il prend une force rare, il fouette, il trouble. Car Nijinsky parle de sa passion pour Diaghilev, dont il s’est séparé, de sa période d’érotomanie avec les femmes, de son épouse et de sa fille, surtout de sa volonté d’être un dieu. C’est le délire génial d’un danseur de génie.
Avec Robert Wilson, le risque, c’est celui de la froideur de la perfection. Mais, ici, le rapport de proximité rend la soirée plus chaleureuse et sans distance. C’est un événement de voir Baryshnikov, même s’il n’est plus qu’un danseur âgé qui rend hommage au danseur qu’il était ! Evidemment, c’est un regard américain sur une histoire très européenne. Nijinsky ne s’est jamais référé à la danse de music-hall de Fred Astaire et de Gene Kelly. Mais c’est un hommage imaginé de l’autre côté de l’Atlantique, fait dans l’admiration et l’invention.

Letter to a man, inspiré de Diary of Vaslav Nijinski, texte de Christian Dumais-Lvowski
mise en scène, décors & conception lumières de Robert Wilson. Dramaturgie
Darryl Pinckney
musique
Hal Willner
costumes
Jacques Reynaud
collaboration aux mouvements & texte parlé
Lucinda Childs
lumières
A.J. Weissbard
collaboration décors
Annick Lavallée-Benny
conseillère à la mise en scène
Nicola Panzer
son
Nick Sagar, Ella Wahlström
vidéo
Tomek Jeziorski
avec
Mikhail Baryshnikov

Théâtre de la Ville à l’Espace Cardin, tél. : 0142 74 22 77, jusqu’au 21 janvier (durée : 1 h 10).

Photo Lucie Jansch.

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