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Critiques / Opéra & Classique

Les sons et les silences tournent dans l’air

par Christian Wasselin

Le pianiste Nelson Goerner et la comédienne Marthe Keller s’essayent avec talent à cet exercice qui consiste à faire s’accorder les mots et les notes.

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L’amphithéâtre Bastille est propice aux échanges entre la musique et la voix parlée ; on se souvient notamment de l’intégrale des sonates de Scriabine qui y fut donnée en deux soirées par Varduhi Yeritsyan avec la complicité de Pascal Greggory et d’Olivier Py. Les « Estampes » du 22 avril dernier, qui réunissaient Marthe Keller et Nelson Goerner, étaient fondées sur le même principe : un pianiste joue (en l’occurrence Debussy, Granados et Falla), une comédienne récite (Maeterlinck, Rilke, Péguy). Et le dialogue s’installe. Ou ne s’installe pas. La relation entre les mots et la musique fait partie de ces débats qui, depuis que le monde est monde, font s’interroger les musiciens, les poètes, les comédiens, voire les prêtres. Plus généralement, la correspondance entre les arts alimente sans fin la réflexion de ceux qui méditent sur la forme, le sens et la beauté. On ne reprendra pas ces questions ici ; on se contentera de dire que c’est par la voix et l’accent de Marthe Keller, c’est-à-dire par sa propre musique, que l’accord se fait avec le pianiste, davantage que par le contenu même des textes.

Nelson Goerner, même s’il doit ici jouer puis s’interrompre puis jouer de nouveau, fait preuve d’une concentration extrême. Ses Estampes de Debussy sont d’une ampleur sonore inaccoutumée ; sa « Soirée dans Grenade », en particulier, donne de l’ivresse. Plus loin, il aborde deux extraits des Goyescas de Granados (« La jeune fille et le rossignol » puis « Ballade de l’amour et de la mort », qui reprend un très beau motif de la page précédente) avec une passion contenue, presque blessée, et la Fantaisie bétique de Falla avec une éclatante rugosité. Voilà un pianiste qu’on aimerait entendre plus souvent, et dont l’enregistrement des Ballades de Chopin, jouées sur instrument d’époque à l’Institut Chopin de Varsovie, vaut le détour.

Un dernier mot sur les rapports entre la musique et le reste. La soirée commençait par un texte de Maeterlinck louant la vertu du silence, sa richesse et son pouvoir face aux paroles inutiles. Mais où et quand, dans nos villes et dans nos campagnes, goûter aujourd’hui le silence quand on désire le célébrer ?

photographie : Nelson Goerner et Marthe Keller (dr)

« Estampes ». Nelson Goerner, piano ; Marthe Keller, récitante. Amphithéâtre Bastille, mercredi 22 avril 2015.

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