Accueil > Les particules élémentaires de Michel Houellebecq

Critiques / Festival / Théâtre

Les particules élémentaires de Michel Houellebecq

par Marie-Laure Atinault

De l’excellence, des idées, des images qui restent gravées !

Partager l'article :

Pas élémentaire du tout ! Ce spectacle fut la révélation du Festival d’Avignon 2013 !

Michel Houellebecq répond parfaitement à l’adage, "Nul n’est prophète en son pays". Son œuvre n’a jamais été adaptée au théâtre... en France. Des metteurs en scène allemands et néerlandais ont déjà plusieurs fois adapté celui qui hors des frontières hexagonales est considéré comme l’un des écrivains majeurs de notre époque. Il est vrai que Michel Houellebecq exerce l’art du poil à gratter intellectuel et qu’il fait tout pour ne pas être dans la norme. Après avoir monté Tristesse Animal Noir d’Anja Hilling, Julien Gosselin souhaitait conserver la forme scénique initiée dans ce spectacle. Des estrades en métal comme celle qui servent dans les concerts, les comédiens présents autour de l’aire de jeu, prêt à entrer en lisse, la musique jouée par les comédiens, ainsi que l’utilisation très affûtée de la vidéo. Le premier travail de Julien Gosselin, fut d’adapter le roman de Michel Houellebecq. Un travail titanesque. Il fallait restituer à la fois cette prose d’une poésie puissante, les clefs du style Houellebecquien, et sa vision du monde.

Les Particules Élémentaires est un spectacle choral qui embrasse de façon passionnante notre histoire des années 60 à nos jours en suivant les destins de deux frères Michel et Bruno. Leur vie, leurs choix, leurs inhibitions et les personnages qui croisent leur vie, déroulent le fil de l’idée majeur du roman : le désastre écologique des années 60.

Dès le début du spectacle, le public est happé par l’originalité de la forme et par le texte qui jongle entre l’humour et la gravité. La vidéo de Pierre Martin qui fut l’un des premiers artisans appelé par Julien Gosselin habille parfois les mots, les soulignent. Des images certes, mais des titres. Cela paraît anecdotique mais les titres sont très importants, ils situent et font sens. L’un des premiers personnages est l’auteur, Michel Houellebecq, étonnant, non. Quand on aura arrêté de le diaboliser, on se rendra compte qu’il y a du Desproges dans cet analyste du monde. Denis Eyriey fait une composition mémorable. Il est méconnaissable ; il a la dégaine Houellebecquienne. Quel sens de l’observation ! La scène de l’interview d’abord déstabilise, puis le public comprend que dans ce spectacle, à l’instar du parti pris de l’auteur, on passera du rire aux larmes, on touchera en les affleurant différents thèmes et styles. Michel Djerzinski, l’un des héros est un biologiste de tout premier plan. Il met en lumière la nouvelle mutation métaphysique.

On est emporté littéralement par ce récit dense avec des personnages parfaitement réalistes comme celui de la belle Annabelle, terrifiant comme David di Meola, ou de Christiane. Le croisement des vies tisse un passionnant portrait de la France de la deuxième moitié du XXème siècle. L’un des points culminant étant le lieu du changement où le spectateur attentif pourra s’initier au jeu du oui oui.

La figure la plus émouvante est celle d’Annabelle. La belle jeune fille dotée de toutes les qualités, douée comme personne pour le bonheur, a été comme gangrenée de l’intérieur par sa fugace aventure avec le beau David. Un instant de plaisir qui l’a fait basculer dans le désespoir. Victoria Quesnel campe une Annabelle qui ferait pleurer des pierres. Sans artifices, ni effets elle transmet à tout l’auditoire captivé une onde d’émotion qui est palpable. Magnifique également Noémie Gantier qui atteint une humanité simple dans le rôle de Christiane qui se lance éperdument dans des expériences amoureuses avant que son corps l’abandonne. Tiphaine Raffier, avec son visage de poupée de porcelaine (ce qui peut être un inconvénient) a la dure tâche de dire deux monologues complexes. Elle est un peu le sésame de la pièce. Alexandre Lecroc est Bruno, obsédé sexuel, peut-être, mais c’est un homme qui recherchera constamment la tendresse et sa place dans une société qu’il ne comprend finalement pas. Le rôle pouvait porter à tous les excès et Alexandre Lecroc arrive à nous en faire comprendre sa fragilité et à nous le rendre sympathique.

Julien Gosselin a créé avec la plupart des comédiens de ce spectacle le collectif « Si vous pouviez lécher mon cœur ». Les Particules Élémentaires est leur troisième spectacle. Exigence, musique, vidéo et comédiens rigoureux sont les pierres angulaires de cette équipe talentueuse. Julien Gosselin a mis la barre très haut et n’a fait aucune concession en proposant le texte de Michel Houellebecq. Il savait très bien que le choix de l’auteur, si controversé, pourrait éloigner certains spectateurs. Mais au lendemain de la première, le bouche à oreille enthousiaste faisait l’effet d’une traînée de poudre sur les pavées des Papes. Que ceux qui n’ont pas pu voir ce spectacle exceptionnel se rassure, l’aventure des Particules Élémentaires ne fait que commencer. Sa direction d’acteur est impressionnante, les fulgurances de mise en scène, l’alternance entre le drame et la comédie donne une envie irrépressible de lire le livre.

Julien Gosselin est désormais un metteur en scène avec qui il va falloir compter. Il se hisse, avec ce spectacle qui soulève l’enthousiaste, dans la cour des grands.

Les Particules Élémentaires de Michel Houellebecq Flammarion (1998)
Création musicale Guillaume Bachelé, création vidéo Pierre Martin
Adaptation, Mise en scène et scénographie Julien Gosselin, avec Guillaume Bachelé, Joseph Drouet, Denis Eyriey, Antoine Ferron, Noémie Gantier, Alexandre Lecroc, Marine de Missolz, Caroline Mounier, Victoria Quesnel et Tiphaine Raffier.

Ateliers Berthier / Théâtre de L’Odéon- théâtre de l’Europe / Festival D’Automne à Paris
Du 9 Octobre au 14 Novembre 2

Photo : Christophe Raynaud de Lage

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.