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Critiques / Théâtre

Les nomades tracent les chemins du ciel

par Gilles Costaz

Les spirales tziganes du cirque Romanès

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Romanès, c’est un petit chapiteau rouge, avec quelque deux cent places et des tarifs qui vont seulement de 15 à 20 euros. Les bancs sur lesquels on s’asseoit sont un peu raides, mais c’est un cirque tzigane. Là, le confort, le chic, la hiérarchie sociale sont des idées qui n’ont aucun poids face au souci de défendre une culture, une musique, la poésie des gestes et des mots. Qui sont ces artistes aux costumes sombres réunis par Alexandre Romanès, qui passent vif comme l’éclair et partent se changer derrière un rideau de mousseline, indifférents aux applaudissements ? On sait qu’il y a avant tout la famille Romanès, cet Alexandre, patron bavard ou silencieux selon les moments, poète qui vend ses livres à la fin du spectacle (ce qui fait de lui le poète qui vend le plus de recueils de poèmes chez Gallimard : conquis par le spectacle, le public poursuit son voyage gitan en acquérant les ouvrages du chef de troupe), sa femme Délia qui chante d’une voix ensorcelante, leurs cinq filles dansantes qui font tourbillonner leurs jupes larges comme d’immenses corolles, des musiciens, une autre danseuse qui a le flamenco dans les talons et une autre chanteuse à la gorge enfiévrée, un jongleur et un équilibriste travaillant sur un grand cerceau... Ceux qui ne sont pas des descendants directs sont des cousins, nous dit-on. Un petit chien se glissera entre les numéros humains, pour une clownerie réjouissante.
La musique tzigane, qui vient de l’âme et vous emporte dans ses spirales, est sans doute le détonateur du spectacle. Elle envoie les artistes et le public dans le ciel, là où « la lune tzigane brille plus que le soleil ». Elle crée le cercle invisible où tout se passe : tous se resserrent sur un espace étroit qui n’est pas une piste mais une large scène de cabaret d’où l’on pourrait s’envoler dans les airs. Surgissent des cordes aériennes, des massues qui suivent des trajectoires difficiles, un fil de fer qui se tend pour une funambule qui ne tangue ni ne tombe... Une acrobate aux talons hauts fait des figures ahurissantes le long d’un des mâts métalliques du chapiteau. Une jongleuse épatante fait ce qu’elle veut avec ses mains et la plante de ses pieds ! Les cinq filles vont et viennent, font danser leurs corps et leurs enveloppes de tissus bariolés. L’une d’elles vient avec un ruban de feu qui tourne près de sa chair et au-dessus d’elle. Frémissements, admiration, inquiétude. Les tziganes sont-ils les maîtres du feu ou toujours menacés par les pyromanes qui veulent détruire ces nomades rebelles à la vie immobile ? Cette belle danse avec le feu s’interprète comme on le voudra. L’édition 2017 n’est pas très différente de l’édition 2016. Juste un peu plus de fil-de-férisme. Mais le spectacle des Romanès, au-delà de sa beauté pressante, qui pousse, qui emporte, qui ne laisse pas les poumons souffler, a la particularité unique d’exprimer, en même temps que l’art de ceux qui jouent devant vous, le génie d’un peuple mal-aimé à aimer sans attendre.

Les nomades tracent le chemin du ciel, un spectacle d’Alexandre Romanès.

Cirque Romanès, Boulevard de l’Amiral Bruix 75016 Paris, Porte-Maillot, tél. : 01 40 09 24 20, 06 99 9 49 59, jusqu’à la fin février. (Durée : 1 h 35).
Le 31 décembre, de 21 h à l’aube, le cirque Romanès organise un grand réveillon tzigane, « Zone libre ! » : spectacle, dîner et soirée dansante à la fois, avec ses artistes et des artistes venant de France, des Balkans, de l’Inde...
Nouveaux livres d’Alexandre Romanès : Les corbeaux sont les gitans du ciel (L’Archipel), Le Luth noir (Lettres vives).

Photo DR.

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