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Critiques / Théâtre

Les monstrueuses de Leïla Anis

par Corinne Denailles

De mère en fille

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Leïla Anis est visiblement préoccupée par la question de la filiation, trois des quatre pièces qu’elle a écrites depuis 2013 traitent de ce sujet délicat et passionnant. Riche de ses origines métissées franco-yéménites, elle s’interroge sur le statut de la femme et sur les rapports mère/fille aux Yémen et en France. Le texte commence par une sorte de poème incantatoire qui met en scène la Majnouna, une figure mythologique effrayante présente lors des accouchements qui "attend que l’accoucheuse tourne le dos et saute dans le crâne de la jeune mère par la bouche". Sans transition, nous voilà en 2008, Ella sort d’un laboratoire d’analyses médicales où on lui a confirmé sa grossesse et perd connaissance sur le seuil. Transportée à l’hôpital, elle a tout oublié du présent et se retrouve dans la peau de Rosa, sa grand-mère maternelle, puis dans celle de Jeanne, la mère de Rosa qui en 1919 s’est battue griffes et ongles pour garder sa fille qu’on voulait lui enlever. Au fil de ce récit fort et poétique, Leïla Anis, parcourt sa généalogie féminine et interroge ces femmes, ici et là-bas, mère, grand-mère, arrière grand-mère, maternelles et paternelles, à l’aune de l’époque de chacune de 1913 à 2008.

Le plus souvent seule en scène, petite silhouette douée d’une grande énergie, Leïla Anis parle de situations tragiques avec une sorte de douceur déterminée. La violence de la loi masculine qui tient la femme en mépris, les avortements mortels, la culpabilité associée à la décision d’avorter, les accouchements qui tuent la mère ou l’enfant, ou les deux, la malédiction des enfants morts-nés, le sang menstruel honteux qu’il faut cacher, mais elle raconte aussi l’audace insensée de la grand-mère paternelle qui a sauvé sa famille de la famine en partant seule au Brésil y préparer le nid qui les accueillera tous. Le texte a la beauté d’un long poème un peu halluciné ; il fait danser sous nos yeux les figures féminines qui peuplent l’univers d’Ella, héritière de toutes les expériences passées, maillon d’une chaîne invisible et pourtant si présente.

Les monstrueuses de Leïla Anis. Mise en scène Karim Hammiche. Avec Leïla Anis,, Karim Hammiche. Création musicale, Clément Bernardeau.
A la Maison des métallos jusqu’au 2 décembre 2017. Durée : 1h15. Résa : 01 47 00 25 20
www.maisondesmetallos.paris

Tournée
12-13 janvier 2018, Théâtre en pèices (28)
13 février, Atelier à spectacle (28)
16 février Théâtre de Fresnes (94)
15-16 mars Théâtre de la tête noire.

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