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Critiques / Théâtre

Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos

par Jean Chollet

Belle version de Christine Letailleur

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Ce roman épistolaire, publié en 1782 est considéré à juste titre comme une œuvre littéraire majeure du XVIIIème siècle. Son intrigue se noue auteur d’un couple d’anciens amants, formé par la marquise de Merteuil, veuve d’ apparence vertueuse, mais libertine accomplie, féministe avant l’heure et déterminée à “venger son sexe ”, et le vicomte de Valmont, son ancien amant, séducteur ardent qui partage avec la marquise une forme de complicité dans son goût du libertinage, mais, faible et hypocrite, il sera brisé par la force de cette femme manipulatrice et privé de l’accomplissement de son (et peut –être seul) grand amour pour Madame de Tourvel. Entre les deux, les relations de complicité évoluent vers une guerre ouverte et dévorante dans leurs volontés respectives de jouir de la vie au détriment des autres, en laissant sur le carreau quelques victimes dans leur entourage. Avec un dénouement inattendu et ambigu qui laisse place à de nombreuses interprétations pour le lecteur.

L’œuvre de Choderlos de Laclos a fait l’objet de nombreuses adaptations pour le cinéma (Roger Vadim, Stephen Frears, Milos Forman …) et pour le théâtre ( Quartett de Heiner Müller, et par Christopher Hampton ou John Malkovich …) Celle proposée aujourd’hui par Christine Letailleur pour la scène, transforme judicieusement les lettres échangées en dialogues et monologues, en restituant avec intelligence les accents et la beauté du langage, dans l’articulation d’une structure qui s’apparente à une tragédie classique de belle facture, produite par sa mise en scène pleine de rythme et de vitalité. Elle donne à ressentir avec clarté et élégance les enjeux portés par les personnages épris de liberté dans une société pudibonde, et engagés dans une guerre des sexes et de générations. Leurs joutes verbales se situent dans le décor sobrement architecturé à deux niveaux de Emmanuel Clolus, dont les baies ménagent apparitions et cadrages, qui prennent, sous les fines lumières radiales de Philippe Berthomé, une dimension picturale, avec les beaux costumes identitaires et signifiants (surtout pour les femmes) de Thibaut Welchin. Dominique Blanc, incarne avec grand talent Madame de Merteuil, dont elle délivre avec finesse et subtilité, les altérations, les contractions, l’engagement et la perversité, en illuminant la représentation. Nouvelle pensionnaire de la Comédie – Française, nous la retrouveront avec plaisir en mai dans le rôle d’Agrippine pour le Britannicus mit en scène par Stéphane Braunschweig. Face à elle, pour son retour au théâtre, Vincent Perez, campe un Valmont séducteur fanfaron et fougueux à souhait , mais manquant toutefois de nuances dans l’expression de la complexité de son personnage. Autour de ce duo central, l’ensemble de la distribution fait preuve de justesse et de cohérence dans l’interprétation des autres protagonistes, notamment Julie Duchaussoy, troublante Madame de Tourvel, Karen Rencurel , savoureuse Madame de Rosemonde, Fanny Blondeau, impétueuse ingénue Cécile de Volanges, ou encore Manuel Garcia –Kilian (Dancery) et Richard Sammut (Le Chasseur).

L’adaptation des Liaisons dangereuses par Christine Letailleur, est publiée aux Solitaires intempestifs (13 euros)

Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, adaptation et mise en scène Christine Letailleur, avec Dominique Blanc, Vincent Perez, Fanny Blondeau, Stéphanie Cosserat, Julie Duchaussoy, Manuel Garcia – Kilian, Guy Prévost, Karen Rencurel, Richard Sammut, Véronique Willermaers. Scénographie Emmanuel Clolus, lumières Philippe Berthomé, costumes Thibaut Welchin, son Manu Léonard. ( 2h 45)

.Théâtre de la Ville – Paris jusqu’au 18 mars 2016.

Théâtre national de Nice du 23 au 25 mars. Théâtre de Cornouaille Quimper du 29 au 31 mars 2016.

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