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Critiques / Opéra & Classique

Les fêtes d’Hébé de Jean-Philippe Rameau

par Caroline Alexander

Quand la jeunesse fait jubiler l’ouvrage oublié d’un ancêtre

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Il fallait l’oser. Sortir de l’oubli – un oubli vieux de 247 ans ! - une œuvre du grand Jean-Philippe Rameau (1683-1764) et la confier à des interprètes – voix et instruments – aux carrières encore en devenir. C’est ce que vient de réussir radieusement l’Académie de l’Opéra de Paris en association avec –« outrepassant » la Manche et le Brexit – les pensionnaires de l’Orchestre du Royal College of Music de Londres. Auxquels se sont joints les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles. Moyenne d’âge : de 18 à 28 ans… grosso modo. Moyenne de satisfaction notée comme à l’école : de 16 à18 sur 20, entre bien et très bien.

Le lieu – l’Amphithéâtre de l’Opéra Bastille – ne se prête pas, à première vue, au déroulé d’une matière aussi dense que ces Fêtes d’Hébé, dites Talens liriques, opéra ballet né après Hippolyte et Aricie, Les Indes Galantes, Castor et Pollux, les œuvres restées de références du compositeur. Le succès fut immédiat à sa création en 1739 et des séries de représentations se sont déployées jusqu’en 1770. Ensuite, absence quasi totale sur scène depuis cette date. Erato en a édité une version de concert dirigée par William Christie en 1997.

L’« Amphi-Bastille », salle en arc de cercle avec sa scène longitudinale de cour à jardin n’a ni cintres pour faire dégringoler des décors, ni fosse d’orchestre pour abriter les musiciens. C’est le lieu d’accueil habituel des productions de l’Académie. Elles sont généralement moins exigeantes techniquement. Pourtant pour ces fêtes mythologiques, entre Olympe et Terre, les trois équipes en manœuvre ont joliment et musicalement tenu la gageure.

Un écran géant en fond de scène accueille des paysages au gré des saisons, quelques marches, un plateau nu peuplé d’une kyrielle de caissons blancs avec lesquels les choristes vont structurer les espaces. L’orchestre est posé sur les marches à l’extrémité côté cour. Chaque instrument est visible par l’ensemble des spectateurs.

Au royaume des dieux, Hébé en a marre des assiduités dont elle est constamment l’objet. Guidé par Amour elle descend « sur les rives de la Seine » faire un tour auprès des humains terriens. Elle y rencontre la Poésie, se laisse submerger par la Musique et entraîner par la Danse, les trois « entrées » annoncées par le prologue. Les intrigues amoureuses se mêlent aux bons plaisirs divins. Sapho/Alcée, Iphise/Tyrtée, Eglé/Mercure en sont les couples prédestinés. Le livret d’Antoine Gautier de Montdorge est manifestement conçu au service de la seule musique.

Celle-ci, exécutée par les vingt un instrumentistes de l’Orchestre baroque du Royal College of Music est dirigée en finesse par le chef londonien Joanathan Williams. Cadences dansantes et envolées inspirées ponctuent les préludes puis soutiennent en souplesse danseurs et chanteurs.


Quatre chanteurs viennent d’Outre-Manche, sept sont attachés à l’Académie parisienne. Le chorégraphe metteur en scène français Thomas Lebrun a su très habilement les mêler à la troupe des jeunes danseurs dont ils calquent avec naturel et flexibilité une part de gestique. Comme Pauline Texier, tour à tour Hébé et Eglé, gracieuse de mouvement, légère de voix, comédienne à l’humour piquant. La plupart des interprètes assurent deux personnages, Adriana Gonzalez, soprano d’origine guatémaltèque, passe de Sapho à Iphise, de perruque bleue à perruque rouge selon les couleurs attribuées par le metteur en scène aux différentes entrées. Le timbre est charnel, le jeu chaleureux, la présence évidente. Tomasz Kumiega, baryton polonais, en Alcée et Eurilas, rencontre quelques petits problèmes avec la diction française et ses graves naviguent sur des eaux tranquilles, Jean-François Marras ténor venu de Corse s’investit en Momus et en Lycurgue, Juan de Dios Mateos, ténor espagnol donne à Thélème puis à Mercure la douceur céleste des aigus de haute-contre. Hymas et Tyrtée héritent des velours du baryton basse russe Mikhail Timoshenko. Les brèves apparitions de Laure Poissonnier, soprano française, en Amour et en naïade n’en sont pas moins pleines de charme. C’est de Londres que vient la colombienne Juliette Lozano, soprano aux aigus savoureux, tout comme la bergère/naïade Eleanor Penfold et le Fleuve solide de James Atkinson.

Les interactions entre les choristes (en habits de soirée noirs), les danseurs (en-maillots de bain et bonnets d’un goût douteux) avec les solistes sont coordonnées en vivacités, gestiques géométriques, des têtes aux pieds. Pas de références baroques dans les chorégraphies, elles sont d’aujourd’hui et s’accordent parfaitement à la musique d’hier mais intemporelle de Rameau.


Les fêtes d’Hébé
de Jean-Philippe Rameau, livret d’Antoine Gautier de Montdorge, coproduction de l’Académie de l’Opéra National de Paris avec le Centre de Musique baroque de Versailles et le Royal College of Music de Londres. Direction musicale Jonathan Williams, mise en scène, chorégraphie, décors Thomas Lebrun, chef des chœurs Olivier Schneebeli. Avec les chanteurs, danseurs et musiciens des trois institutions en coproduction.

Paris – Amphithéâtre Bastille, les 22, 23, 25 mars à 20h, le 27 mars à 14h (représentation scolaire)

Londres – Royal College of Music , les 5 & 6 avril à 20h
www.operadeparis.fr

Photos Opéra National de Paris

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