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Critiques / Théâtre

Les Voeux du coeur de Bill C. Davis

par Gilles Costaz

L’amour, la solitude et la religion

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Bill C. Davis avait efficacement secoué le public avec L’Affrontement, qui mettait en cause le conservatisme et l’embourgeoisement du clergé. Dans la version la plus récente qu’on a vue à Paris, Davy Sardou, qui fut une découverte pour beaucoup de spectateurs, et Francis Huster donnaient une sacrée force à ce numéro d’escrime entre ecclésiastiques. Aujourd’hui, une autre pièce de Davis est à l’affiche, qui traite aussi de l’Eglise face au monde contemporain, plus exactement de son attitude face aux homosexuels. Deux jeunes hommes veulent vivre ensemble mais, profondément croyants, ils aimeraient que leur amour obtienne l’accord de l’Eglise. Ils en parlent au curé de leur paroisse, qui paraît ouvert et moderne. Mais le prélat ne peut changer le dogme. Le christianisme ne peut accepter l’homosexualité. La sœur d’un des deux jeunes gens s’en mêle. Mais elle complique les choses malgré elle : fort belle, elle séduit un instant l’abbé, ainsi confronté à la réalité terrestre et sensuelle de l’être humain. Il aura, finalement, un geste, pour ces deux garçons qui s’aiment, le symbole qu’ils espéraient.
La pièce de Bill C. Davis ne changera pas rien à l’hostilité officielle de l’Eglise face à l’homosexualité. Notre auteur américain se montre un peu naïf et aucun prêtre ne desserrera jamais l’étau comme cela se produit dans la dernière scène. Mais l’efficacité théâtrale, l’agencement contradictoire et nerveux des scènes, c’est le domaine de Davis qui développe finement le cheminement parallèle des deux personnages principaux, l’attitude ambiguë de l’abbé et le rôle de plus en plus important de la sœur militante de tous les amours. Dans un décor géométrique auquel la vidéo donne une vie changeante et compulsive, Anne Bourgeois – l’un de nos meilleurs metteurs en scène aujourd’hui - évite les oppositions tranchées de la dialectique, fait avancer le spectacle à pas doux et feutrés, montrant que toute vie sociale et intime mène à la solitude si les sentiments ne sont pas accomplis. Et tous les personnages sont dans une peur consciente ou ignorée de la solitude. Le regard d’Anne Bourgeois est lumineux : l’amour est toujours menacé par le diable de la solitude.
Davy Sardou confère à l’un des deux amants sa belle intériorité, une façon très personnelle d’exprimer le trouble et le tourment avec le minimum de gestes et le maximum d’évidence. Julien Alluguette est l’autre amant, au style très différent, net, incisif, ironique : il sait être, sans le souligner, selon un jeu à la fois tempéré et pressé, le double inversé et complémentaire de son partenaire. Bruno Madinier colore le rôle du curé de beaucoup de charme et de douceur pour en dessiner la bienveillance trompeuse ; le prêtre qu’il compose touche après touche, dans une justesse mystérieuse, n’est qu’un homme, ferme dans ses propos, fragile face aux préceptes qu’il enseigne. Enfin Julie Debazac peut être perçue comme une fascinante Sofia Loren d’aujourd’hui : une incendiaire au cœur tendre qui sème un feu volontiers rieur, une pasionaria qui aime que les mots de la colère et du désir gardent le goût et la vérité d’une origine populaire. Ces quatre acteurs et leur metteur en scène sont peut-être un peu supérieurs à l’anti-évangile qu’ils prennent en charge avec brio.

Les Vœux du cœur de Bill C. Davis, adaptation de Dominique Hollier, mise en scène d’Anne Bourgeois, décor de Sophie Jacob, lumière de Jean-Luc Chanonat, costumes de Brigitte Faur-Perdigou, son et musique de Jacques Cassard, vidéo de Sébastien Sidaner, avec Julien Alluguette, Davy Sardou, Julie Debazac, Bruno Madinier.

La Bruyère, tél. : 01 48 74 76 99. (Durée : 1h45).

Photo Laurencine Lot.

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