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Critiques / Théâtre

Les Noces de Betia de Ruzante

par Jean Chollet

Les méandres de l’amour

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Dramaturge, metteur en scène et comédien, Angelo Beolco, dit Ruzante (1496 ? – 1542) originaire de Padoue, écrivit dans la langue vénitienne de sa région, des comédies reflétant le monde rural du XVIème siècle italien, avec une originalité de formes et de jeu qui influença la Commedia dell‘arte. Les paysans n’y sont plus représentés avec la condescendance de la société bourgeoise et aristocratique de l’époque, mais dans la réalité de la condition misérable dans laquelle ils vivent. Avec une crudité joyeuse, parfois paillarde ou même scatologique. Cette seconde pièce de jeunesse (1518 ou 1519), écrite en vers, en porte toutes ces caractéristiques en évoquant différents aspects de l’Amour, abordé dans ses dimensions philosophiques, charnelles, sociologiques avec son rapport à l’argent, ou métaphysiques. A travers une histoire simple. Amoureux transi, Zilio voudrait épouser Bétia, mais devant le refus de celle-ci, il sollicite les conseils et l’aide de son ami Nale, grand séducteur, qui, bien que marié à Tamia, lorgne toutefois avec appétit sur la belle. Après quelques querelles, affrontements et rebondissements, Bétia épouse Zilio, mais Nale revendique des droits sur la jeune femme, ouvrant un violent conflit entre les deux jeunes hommes. Au final, les deux couples réconciliés se promettent une cohabitation et une amitié éternelle. Par ses propos, la comédie farcesque médiévale souffle un vent espiègle et irrévérencieux de liberté qui traverse les siècles.


La première création de cette pièce en France fait l’objet d’une traduction du dialecte padouan par Claude Perrus, (Editions Circé) qui en respecte l’esprit et la musicalité en facilitant sa perception contemporaine. La mise en scène dynamique et alerte de René Loyon, trouve un cadre adapté dans la scène ouverte du Théâtre de l’Epée de Bois, dont le mur au lointain en pierres apparentes et les arcades offrent une localisation suggestive également propice au jeu sans ajouts décoratifs, hormis de rares éléments mobiliers. Au cœur de cet espace, les comédiens font feu de tout bois en apportant une note de modernité sans ajouts excessifs ni caricaturaux. La jeunesse des interprètes majeurs trouve une expression adaptée et vivace avec Maxime Coggio (Nale), Olga Mouak, (Bétia) Charly Breton (Zilio) Lison Rault (Tamia), avec en contre point la présence savoureuse de Yedwart Ingey (Le père Scali).
Un spectacle plaisant constituant pour beaucoup la découverte de l’œuvre de l’un des plus grands auteurs de la Renaissance.

Les Noces de Betia de Ruzante, traduction Claude Perrus, mise en scène René Loyon, avec Charly Breton, Maxime Coggio, Titouan Huitric, Yedwart Ingey, Olga Mouak, Marie – Hélène Peyresaubes, Lison Rault. Dramaturgie Laurence Campet, lumières Jean – Yves Courcoux. Durée : 1 heure 50.

Théâtre de l’Epée de Bois, Cartoucherie Paris XIIème, jusqu’au 15 octobre 2017.

Photos ©Nathalie Hervieux

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