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Critiques / Opéra & Classique

Les Huguenots de Giacomo Meyerbeer

par Jaime Estapà i Argemí

« Les Huguenots » hors contexte.

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Il n’est pas possible présenter aujourd’hui « Les Huguenots » sous sa forme originale. Les guerres entre catholiques et protestants du XVIème siècle suscitent un intérêt tout relatif et le carton-pâte historico-théâtral ne fait plus recette. Cependant l’histoire d’amour entre le protestant et la catholique qui est à la base de l’œuvre est tellement imbriquée avec le contexte historique de l’opéra de Meyerbeer, qu’il est pratiquement impossible de les délier l’une de l’autre. Comment introduire alors dans le conte, la violente situation politique du pays, sans trop entrer dans les méandres de l’Histoire ?

D’après une idée d’Anna Viebrock, Jossi Wieler et Sergio Morabito ont situé l’action dans un studio cinématographique hollywoodien dans les années du slapstick. Pourquoi pas ? Après tout une lecture ironique des textes d’Eugène Scribe et Émile Deschamps s’avère possible. Seulement, la pièce de Giacomo Meyerbeer étant très longue et pleine de rebondissements, il était impossible de maintenir le stratagème jusqu’au bout, de tenir la distance. Les directeurs de scène ont procédé alors par découpages successifs, en alternant, voire en mélangeant, la réalisation d’un film de cape et épée, avec la vie supposée des artistes intervenant dans sa réalisation. Ce faisant, ils y ont rajouté de l’humour voire trop d’humour. Il est admis par les auteurs classiques que dans le drame, il doit exister un moment de détente comique, soit pour donner plus de relief aux moments tragiques de l’histoire, soit pour permettre au spectateur un moment de repos. Dans notre cas, les librettistes avaient prévu à cette fin la scène de style burlesque entre Raoul le huguenot et la reine Margot. Jossi Wieler et Sergio Morabito n’ont pas raté l’occasion, et cela a donné, bien sûr, un grand moment théâtral. Mais ils ont aussi ajouté beaucoup trop d’autres séquences comiques, pas toutes très drôles, de façon à montrer leur détachement par rapport au côté suranné de la pièce. Au total, ils l’ont desservie. Le montage, par trop travaillé, par trop intelligent sans doute aussi, a dérouté le spectateur.

Heureusement, la musique et le chant ont apporté du lyrisme à l’histoire des amours entre Valentine et Raoul, et ont étayé l’énorme violence venue de l’arrière fonds historique que la mise en scène n’a pas explicité visuellement.

Marc Minkowski a dirigé l’orchestre de la Suisse Romande avec le brio qu’on lui reconnait. Sa fougue pendant le premier acte a quelque peu désorienté le chœur masculin -bien préparé par Alan Woodbridge- qui a eu du mal à le suivre pendant les moments où le maestro accélérait le mouvement. Le directeur s’est ressaisi par la suite et a dirigé de main de maître les chanteurs et les chœurs –le chœur féminin a été sans faille à tout moment- pendant les quatre actes restants. La fosse a suivi obéissante à ses indications.

Dix-sept sur les dix-neuf solistes sur scène, ont fait leur prise de rôle à cette occasion. C’est dire si la pièce est peu jouée. Grâce à une bonne préparation, les chanteurs se sont tous parfaitement acquittés de leurs tâches et se sont montrés dignes de la confiance placée en eux.

L’américain John Osborn a prêté sa voix au personnage de Raoul de Nangis. Si l’on a constaté quelques doutes sur la justesse de son chant et même sur la conviction de l’artiste à jouer le rôle pendant le premier acte, au total, il aura convaincu. Doté d’un accent français sans faille, le ténor a émis avec la plus grande clarté, s’est montré très à l’aise dans l’aigu et même le sur aigu. Sans aucune difficulté dans les changements d’intensité, il a montré force, élégance et lyrisme pendant les quatre derniers actes de la pièce. A ses côtés, la soprano américaine Rachel Willis-Sørensen, a fait du personnage de Valentine de Saint-Bris une héroïne idéale, un stéréotype à part entière. Tout comme le ténor, elle a brillé par la limpidité de sa prosodie française. Sa diction sans tache, son émission douce mais ferme, la chaleur de son timbre, ont traduit un caractère droit, résistant dans l’adversité, doux au moment d’exprimer son amour pour Raoul, et la volonté farouche d’aller jusqu’au bout à l’heure du sacrifice. Michele Pertusi a donné du fidèle Marcel pendant l’ensemble de la nuit une version vocale impeccable et une gestuelle convaincante. Lors de son apport, décisif, au trio que conclut l’œuvre –avec Raoul et Valentine- on l’a vu proprement transfiguré dans son généreux personnage.

Anna Durlovski a interprété Marguerite de Valois avec vaillance. Ni le métal de sa voix, ni son accent français peu affiné, n’ont diminué la valeur de son chant, ferme et assuré. Son interprétation dramatique a été impeccable, en particulier lorsqu’elle s’est généreusement prêtée à jouer l’amusante scène de séduction avec Raoul. Lea Desandre aura été un Urbain très apprécié par le public. Sa prestation, bien travaillée, sa colorature parfaite, ont convaincu malgré le fait que le caractère étroit de son émission ne la prédisposait pas à jouer ce rôle. Laurent Alvaro -Compte de Saint-Bris- et Alexandre Duhamel -Comte de Nevers- ont contribué à durcir certains passages de l’histoire dramatique au travers de leurs registres vocaux graves, parfaitement ajustés, ainsi qu’à leur travail dramatique.

« Les Huguenots » Grand Opéra de Giacomo Meyerbeer. Livret d’Eugène Scribe et Émile Deschamps. Coproduction Grand Théâtre de Genève et du Nationaltheater Mannheim. Mise en scène Jossi Wieler et Sergio Morabito. Décors et costumes d’Anna Viebrock. Orchestre de la Suisse Romande. Direction musicale Marc Minkowski. Chanteurs : Ana Durlovski, John Osborn, Michele Pertusi, Lea Desandre, Laurent Alvaro, Rachel Willis-Sørensen, Alexandre Duhamel, Anicio Zorzi Giustiniani, Florian Cafiero et autres.
Grand Théâtre de Genève les 26 et 28 février, 1, 4, 6 et 8 mars 2020

Billeterie : CP 5126 – CH 1211 Genève 11 billeterie geneveopera.ch
Téléphone +41 22 322 50 50

Photos : Magali Dougados
Le mardi 27 février

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