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Les Francophonies en limousin

par Dominique Darzacq

Une 31ème édition "indisciplinée"

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Au siècle dernier, quand les artistes n’étaient pas de simples numéros de dossier pour le ministère de la culture, quelques utopistes, férus d’humanisme, ne clamaient pas que soucieux de faire bouger les lignes, ils allaient mettre en place des dispositifs innovants. Ils s’employaient tout simplement à donner corps à leurs rêves. Ainsi fit Pierre Debauche, pionnier de la décentralisation qui, après avoir créé ce qui est aujourd’hui le Théâtre-Amandiers de Nanterre, mit sur orbite, en 1984, alors qu’il dirigeait le Centre Dramatique de Limoges, les Francophonies, concrétisant ainsi le vieux rêve « de créer un espace qui pourrait réunir, sans esprit de compétition, différents artistes exerçant leur pratique théâtrale dans les pays francophones ». Autrement dit, d’organiser la rencontre et l’échange non seulement avec le public mais entre les artistes eux-mêmes, tout en portant un regard attentif aux auteurs contemporains dont certains accueillis en résidence. Parmi eux : Robert Lepage, Sony Labou Tansi ou encore Wajdi Mouawad.

Depuis sa création, le Zèbre – l’emblème du Festival – a su fignoler et ajouter à ses zébrures sans changer d’humeur qui est de « rassembler les langages artistiques issus de différents horizons de la diversité culturelle, au nom de laquelle la francophonie a su initier d’utiles combats » affirme Marie-Agnès Sevestre aux commandes des Francophonies en limousin depuis 2006.

Pour cette 31e édition (24 septembre - 4 octobre), elle convie le public à une "francophonie indisciplinée , tissée de fidélité à certains artistes et du souci d’accompagner le croisement des disciplines et les mutations artistiques. Il s’ouvrira sur un oratorio (Jamais mon cœur n’a retiré sa bienveillance à la ville d’Alep) qui, sous la houlette de Marcel Bozonnet, avec la complicité du percussionniste Richard Dubelski, mêle professionnels et amateurs, et s’achèvera avec La Cantate de Bisesero qui ponctuera la projection intégrale du mémorable spectacle du Groupov de Liège Rwanda 94. Deux manifestations voulues par la directrice comme « un arc d’humanité bandé entre Alep et Bisesero à l’intérieur duquel s’inscrit le Festival ».

250 artistes, 25 spectacles de théâtre, de musique et de danse, telle se résume en chiffres cette édition émaillée de lectures et de rencontres. A l’affiche se croisent quelques habitués notamment : Dieudonné Niangouna (Le Kung-Fu, Je m’appelle Ali), Wajdi Mouawad (Sœurs) ou encore le chorégraphe DeLaVallet Bidiefondo (Au-delà) et le metteur en scène Armel Roussel ( Yukonstyle de Sarah Berthiaume). Parmi les nouveaux : le malgache Rahimanana ( Rano, Rano), le congolais Abdon Fortuné Koumbha ( Au bord du fleuve Congo), le réunionnais Sergio Grondin (Kok Batay), le belge Patrick Corillon ( L’appartement à trous)….Peut-être plus inattendu, mais pas moins pertinent et dans le droit fil des Francophonies, Beckett, avec En attendant Godot dans la mise en scène de Jean Lambert-Wild qui, en choisissant deux acteurs noirs pour incarner Vladimir et Estragon, met la pièce au centre même d’une des tragédies humaines qui se passe à notre porte et fait résonner d’une cruelle actualité le mot absurde longtemps employé pour qualifier le théâtre de Beckett. En effet, en ces temps migratoires, Vladimir et Estragon pourraient bien être des clandestins collés à une route, sous un arbre, attendant vainement quelqu’un ou quelque chose qui leur permettrait d’aller ailleurs, vers une vie rêvée. Un spectacle de haute résonnance humaine et politique et belle occasion pour Jean Lambert-Wild fraîchement nommé à la tête du Centre Dramatique de Limoges, de prendre contact de façon convaincante avec le public limougeaud.

La violence de l’émigration et les douleurs de l’exil sont également au cœur de Daral Shaga , spectacle qui, sur un livret de Laurent Gaudé », marie tout à la fois l’opéra, le cirque, les arts plastiques, la vidéo. Mis en scène par Fabrice Murgia et en musique, pour trois chanteurs, par Krist Defoot, il retrace « le parcours croisé d’un émigré sur le retour et d’un duo père-fille en quête d’un ailleurs meilleur. »

« Il n’est pas facile de se retrouver sur de terres inconnues où on n’ a pas la moindre idée de ce qui peut arriver, il n’est pas facile de se jeter à l’eau sans connaître la destination, sans savoir nager, mais on le fait quand même » nous disent les comédiens afghans du Théâtre Aftaab qui ont fait de la scène leur terre d’exil et du théâtre leur lieu d’asile et choisi l’humour et la cocasserie pour mieux nous rendre sensibles les déchirures de l’exil ( La Ronde de nuit ).

Venus d’ici ou de plus loin, les artistes invités, chacun à leur manière et dans leur pratique, se font l’écho des tourments du temps et des questions qu’ils soulèvent, « non pour se complaire dans les drames, mais pour que le théâtre continue de dire une multitude de voix, une multitude d’espoirs, une multitude de résistances ».

Les Francophonies en Limousin à Limoges du 24 septembre au 8 octobre.
Tel 05 55 10 90 10 www.lesfrancophonies.fr

Photos : Daral Shaga ©Hubert Amiel, Le kung Fu© Christophe Raynaud de Lage, La Ronde de nui t ©Michèle Laurent

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