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Critiques / Théâtre

Les Fourberies de Scapin de Molière

par Dominique Darzacq

Denis Lavant un jubilant Scapin tout de légèreté et profondeur

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Comédien hors norme, figure atypique du cinéma et du théâtre, Denis Lavant n’est pas de ceux à qui on pense d’emblée pour jouer Scapin. C’est pourtant ce qu’a su faire – grâce lui soit rendue -, Marc Paquien. Son choix est un de ceux, assez rares, qui enrichissent l’art de la scène et enchantent le spectateur. Scapin et Lavant ont l’un et l’autre suffisamment roulé leur bosse pour être en parfaite osmose. Un rôle auquel le comédien ne pensait pas a priori et dont il endosse l’habit au même âge que Molière qui jouait Scapin lorsqu’il créa la pièce le 24 mai 1671 pour le public du Palais Royal. C’est dire que Scapin n’est pas un perdreau de la veille, qu’il en a fait tant et tant qu’il s’est retiré des affaires en raison « d’une aventure qui le brouilla avec la justice ». En somme « l’habile ouvrier de ressorts et d’intrigues » farniente sous le soleil napolitain quand deux tourtereaux viennent lui demander de démêler leur affaire.

En l’absence de leurs pères, Octave, fils d’Argante et Léandre, fils de Géronte sont tombés amoureux. Le premier de Haycinthe qu’il a épousée, le second de Zerbinette. A leur retour de voyage, les deux pères qui avaient d’autres projets pour leurs fils décident de dénouer leurs tendres liens. Appelé au secours, Scapin se fait d’abord tirer l’oreille, mais « homme consolatif » aux jeunes gens que les pères contrarient, le retraité reprend du service, ressaisi qu’il est par les démangeaisons de la fourberie, le plaisir de tisser des intrigues. C’est lui qui mène la danse, metteur en scène et marionnettiste, c’est lui qui tire les ficelles, manipule les pères comme les fils, en profite pour régler quelques comptes à coups de bâton histoire de nous rappeler que traînent en lui les gènes de la commedia dell’arte. Cousin d’Arlequin, il en a l’agilité mais plus de jugeote.

Désabusé mais sans amertume, lucide sur l’égoïsme de ceux qu’il sert, plus va-nu- pied que valet, Scapin ne se contente pas de virevolter, il pense, réfléchit, échafaude, tire des plans sur la comète. C’est un inventif joyeusement sceptique dont Denis Lavant s’empare avec une évidente jubilation et dont, entre légèreté et profondeur, il fait miroiter toutes les facettes.

Autour de lui, Marc Paquien a réuni une troupe d’acteurs à l’unisson de son propos et parmi eux Daniel Martin (Géronte) et Jean-Paul Muel (Argante) qui avec verve et à propos nous donnent à savourer des deux versants de l’imbécilité grippe-sous. Celle béatement satisfaite de soi d’Argan tandis celle de Géronte est toute d’acariâtre angoisse. Sous les atours de la farce, Molière s’en prend à la tyrannie stupide des pères et à la frivolité des fils en même temps qu’il donne un coup de chapeau aux comédiens italiens de sa jeunesse auprès de qui il prit quelques leçons. Sans éluder le fond, c’est autour de l’idée d’une troupe entièrement vouée à la force du jeu que se cristallise la mise en scène de Marc Paquien. En installant Scapin dans une bicoque un peu délabrée qui jouxte un ponton du port de Naples (décors Gérard Didier), il jette des ponts entre les tréteaux de la commedia dell’ Arte et les grinçantes comédies italiennes telles que les ont fourbies Dino Risi, Mario Monicelli… et en suggère toutes les filiations en un spectacle vif et haut en couleur, un plaisir de théâtre tout tissé de rire et d’humanité.

Créé le 8 octobre au Théâtre des sablons à Neuilly sur Seine le spectacle vient de démarrer au Théâtre d’Antipolis d’Antibes avant de revenir à Paris à la rentrée.

Les Fourberies de Scapin de Molière. Mise en scène Marc Paquien avec : Anne Fischer, Elsa Guedj, Benjamin Jungers, Denis Lavant, Daniel Martin, Jean-Paul Muel, Bertrand Poncet, Manon Raffaelli, Maxime Taffanel, Lode Thiery. Décors Gérard Didier, lumières Dominique Bruguière, costumes Claire Risterucci (2h)

Tournée. En février 8 et 9 Romans (Les Cordeliers), 14 -15 Montrouge (Le Beffroi), 19 Colombes (L’Avant-Seine), 26 Miramas (La Colonne). En mars : 4 Vernon (Espace Philippe Auguste), 8 au 12 Théâtre de Namur (Belgique), 14-15 Albi (Scène Nationale), 18 Arcachon (Théâtre Olympia), 22 Nevers (MC), 25-26 Béziers. En avril : 30 mars au 9 avril Lyon (Les Célestins) , 12-13 avril Ris Orangis (Centre Culturel Robert Desnos)

Photos © Pascal Gély

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