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Les Fiancés de Loches d’après Georges Feydeau

par Marie-Laure Atinault

Vive les Fiancés ! Nous signons le contrat des deux mains !

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Loches est une charmante ville d’Indre et Loire, mais le renouvellement démographique est faible. Autant le dire, tout le monde se connaît et les nouveaux partis pour se marier sont rares. Eugène Gévaudan, apothicaire et chef de famille décide de monter à Paris et confier le destin de son jeune frère Alfred, de sa sœur Laure et de lui-même à une agence matrimoniale. Par la faute d’un bristol sibyllin mis sur la porte de l’agence matrimoniale, les trois Gévaudan se retrouvent à l’étage en dessous dans l’agence de Séraphin, qui est une agence de placement pour les domestiques. On connaît le génie de Feydeau pour les quiproquos, nos trois Lochais sont enchantés d’avoir pour fiancés le docteur Saint-Galmier, et ses sœurs. Si Rachel est bien la sœur aînée du Docteur, Léonie est sa fiancée. Le docteur est un patron difficile, il congédie très vite ses domestiques en règle générale. Ils trouvent ces trois là bien familiers, et peu apte au service. Mais le pauvre Docteur doit déployer des trésors de duplicité pour échapper à son ancienne maîtresse la pimpante Michette. Cette jolie cocotte serait du plus mauvais effet à la veille de son mariage avec Léonie !

Les trois Gévaudan sont déstabilisés par les us et coutumes parisiens quand aux fiançailles….. !! Le docteur leur impose des vêtements de cérémonie, loin de la réputation d’élégance de la capitale. Ce sont en réalité des livrées de domestique. Saint-Galmier n’est pas très prévenant avec Laure Gévaudan qui espérait un fiancé plus gentil !
Mais les pauvres ne sont pas au bout de leur déconvenue, et ils se retrouvent confondus avec trois aliénés en cavale !!

Dans cette pièce de jeunesse de Feydeau, il y a en germe tous les ressorts de la mécanique Feydeau. Les quiproquos, les lieux improbables, les méprises et le goût affirmé par toutes les nouveautés. Jacques Mougenot a parfaitement respecté l’esprit de l’auteur mais il a nettoyé les défauts de jeunesse. Dans le premier acte, il y a beaucoup de personnage qui viennent au bureau de placement, et que l’on ne revoyait plus. En éliminant des personnages accessoires, et ceux qui n’avaient qu’une réplique, l’action est plus resserrée et devient tourbillonnante. Autre idée lumineuse, transformer la pièce en comédie musicale. Les couplets ciselés par Jacques Mougenot sont tellement à la manière de Feydeau que démêler le Feydeau du Mougenot est bien difficile. Ils sont drôles, entraînants et même entêtants ! La musique d’Hervé Devolder est délicieuse, pétillante. Dés le début de l’aventure, il était impératif pour Hervé Devolder de placer l’épopée des Gévaudan dans le Paris des années 1900. Le décor de Jean-Michel Adam est ingénieux, il permet des changements à vue, le rythme n’est jamais brisé. Les costumes de Jean-Daniel Vuillermoz habillent à ravir les femmes, celui de Michette rutilant et enrubannés nous plonge dans le monde des danses à la mode où l’on relève, plus que la morale l’exige, les jupons ! Les messieurs adorent ! Il faut dire que Charlotte Filou est craquante. Hervé Devolder fait partie de ces metteurs en scène dont l’objectif est de faire plaisir aux spectateurs. Son but est de faire une comédie alerte, sans temps mort ou tous les protagonistes sont emportés par le tourbillon des quiproquos. Les comédiens sont rompus à l’art de la comédie et du chant. Parmi une distribution sans fausses notes L’excellente Christine Bonnard, récemment nommée aux Molières pour son rôle d’infirmière dans La chanson de l’éléphant, donne à Laure Gévaudan une ingéniosité provinciale délicate. Adrien Biry-Vicente donne à Alfred, le jeune Gévaudan, une figure comique et tragique à ce pauvre garçon affublé d’une fiancée un peu trop vieille à son goût. Arnaud Denissel est Saint-Galmier, le docteur fort peu docte, il a la chanson la plus difficile dans laquelle, le facétieux et amateur de la langue française qu’est Jacques Mougenot, a signé des couplets spirituels en diable ! Franck Vincent interprète Gévaudan aîné. Ce grand chanteur déploie dans ce rôle une verve, une inventivité et un bon sens qui font merveille. Tout Loches devrait lui édifier une statue. La musique de Monsieur Devolder, des concerts parisiens, est jouée en direct par des musiciens présents sur le plateau.

Les fiancés de Loches s’annonce d’ores et déjà comme le grand succès estival de Paris. Quelle bonne idée que ce joli spectacle soit joué au théâtre du Palais Royal où Feydeau créa plusieurs pièces.

Les Fiancés de Loches
Comédie Musicale d’après Georges Feydeau
Adaptation et couplets Jacques Mougenot
Mise en scène et Musique Hervé Devolder
Décors Jean-Michel Adam, Costumes Jean-Daniel Vuillermoz lumières Denis Koransky, chorégraphies Catherine Arondel
Avec Christine Bonnard, Charlotte Filou, Clara Hesse, Claudine Vincent, Adrien Biry-Vicente, Arnaud Denissel, Fabrice Latronche, Franck Vincent, Fabrice Fara
Les musiciens Thierry Boulanger ou Daniel Glet, Benoît Dunoyer de Segonzac et Marianne Devos
Théâtre du Palais Royal Loc : 0142 97 40 00
www.theatrepalaisroyal.com

© photo Emilie Brouchon

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