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Critiques / Théâtre

Les Eaux lourdes de Christian Siméon

par Gilles Costaz

Une Médée d’aujourd’hui

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Noir est l’univers de Christian Siméon, l’un de nos meilleurs auteurs. Noir, hanté, plein des maléfices d’une Histoire et d’un aujourd’hui sans cesse traversés de cruauté. Telles sont ses pièces Hyènes ou Le Cabaret des hommes perdus. Telles sont Les Eaux lourdes qui se souviennent à la fois des années de l’après-guerre et de la mythologie. Un couple s’est aimé. Il en est né un enfant. Mais les circonstances ont séparé le couple. L’homme s’est engagé dans la résistance puis, à la Libération, a recherché un ami disparu. Il revient auprès de sa femme pour repartir. Comme Médée, elle tue leur enfant, mais un autre fils est en gestation dans son ventre. Vingt-cinq ans après, alors que le deuxième garçon a grandi et que l’épouse vit dans une attente qui semble vaine, les souvenirs et les secrets surgissent à la surface, violemment.
Ce qu’a réussi le metteur en scène Thierry Falvisaner à partir de ce texte baroque et historique, c’est le climat et la tension. La soirée est vénéneuse, ambiguë, troublante. Elle est dominée par l’interprétation d’Elisabeth Mazev, étonnante dans ce rôle de Médée moderne, qui suscite des rires vite interrompus dans la gorge. Avec elle, Arnaud Aldigé, Julie Hamois et Christophe Vandevelde ont su trouver un jeu nerveux et douloureux, très années 50. Dirigés par un metteur en scène sans doute promis à un bel avenir, ils donnent à la tragédie toute sa puissance dérisoire et implacable.

Les Eaux lourdes de Christian Siméon, mise en scène et scénographie de Thierry Falvisaner, lumière et décor de Sylvain Bloquaux, musique de Shoï Lorillard, avec Arnaud Aldigé, Julie Hamois, Elisabeth Mazev, Christophe Vandevelde.

Lucernaire, 19 h, tél. : 01 45 44 57 34, jusqu’au 4 avril. (Durée : 1 h 20).

Photo Alain Fonteray.

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