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Critiques / Théâtre

Les Cahiers de Nijinski

par Gilles Costaz

Chute d’un ange

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L’homme qui paraît sur le devant de la scène est le grand Nijinski qui, à 30 ans, est hospitalisé, interné. Il passe d’un hôpital psychiatrique à un autre – une démence qui dura trente années. Il écrit ses Cahiers que le théâtre transforme en un furieux monologue. Le mysticisme le traverse. Il parle à Dieu, il célèbre Dieu, il est Dieu. Il remâche sa rage contre Diaghilev, un mauvais, un homme qui aime les homme, alors que lui, Nijinski, a suivi ce penchant mais s’est révolté, s’est marié. Il a dans ses mains le secret divin de la vie, mais il souffre d’une incompréhension généralisée. L’ange se débat dans sa chute.
Il y a déjà eu plusieurs spectacles sur Nijinski, s’appuyant ou ne s’appuyant pas sur les Cahiers du danseur. On n’avait pas jusqu’alors utilisé les Cahiers non expurgés, comme ce spectacle le fait, à partir de l’édition intégrale éditée par Christian Dumas-Lvowski et Galina Pogojeva. Ce textes ne sont pas piqués des vers : totalement fous, pleins d’obsessions sexuelles, d’un égarement déchirant. Mais splendides aussi. Brigitte Lefevre, qui vient au théâtre après avoir quitté ses responsabilités à l’Opéra de Paris, et Daniel San Pedro, acteur dont la récente mise en scène de Yerma était éblouissante, se sont associés pour mettre cette autobiographie en spectacle. Ils ont suivi une ligne : celle du déséquilibre, psychique et physique. Sur un beau plan incliné, Nijinski, en blanc, se déplace selon les courbes irraisonnées de sa pensée. Avec lui, un personnage couleur anthracite, qui est son double et d’autres individus – infirmier, personnes réelles et irréelles. A chacun d’interpréter cette dualité où l’acteur, parfois, danse et où le double, joué par un ancien danseur, ne danse pas.
Clément Hervieu-Léger incarne Nijinski dans un admirable contraste de souffrance et de jeunesse, de déclin et de bonheur. Jean-Christophe Guerri sait être présent dans l’effacement. Tout est déséquilibre et harmonie des sensations contraires. Ce très fort spectacle est une plongée lumineuse dans la nuit humaine. Quel choc !

Les Cahiers de Vaslav Nijinski, texte français de Christian Dumas-Lvowski, mise en scène et scénographie de Daniel San Pedro et Brigitte Lefevre, lumière de Bertrand Couderc, costumes réalisés par Emmanuelle Bredoux, avec Clément Hervieu-Léger et Jean-Christophe Guerri.

Théâtre de l’Ouest parisien, Boulogne-Billancourt, tél. : 01 46 03 60 44, jusqu’au 18 janvier, puis en tournée. Texte aux éditions Actes Sud. (Durée : 1 h 15).

Photo François Rousseau.

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