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Critiques / Théâtre

Les Bassines de Luc Tartar

par Gilles Costaz

Un auteur face à la maladie

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Un auteur de théâtre se confie. Luc Tartar, à qui l’on doit bien des pièces (Terres arables, Roulez jeunesse !) et aussi des romans, dévoile un douloureux pan de sa vie, les années où il a été confronté à la maladie. Un jour de 1998, il apprend qu’il est atteint d’ « un lymphome à grandes cellules » : le cancer est en lui, la guerre est déclarée. La chimiothérapie intervient tout de suite. Mais Tartar ne sera véritablement guéri qu’en 2010. Entre-temps, ce sera l’angoisse, les énormes malaises provoqués par le traitement, la vie quotidienne qui se complique à l’infini…
Luc Tartar conte son combat de façon tranquille, dans la résonance qu’une telle lutte suscite en lui jour après jour. Il se décrit dans sa vie quotidienne, avec l’homme qui partage sa vie, Alain, et parmi ses amis. Il ne cherche pas à se mettre en valeur. Pourtant, écrasé par le mal, inquiet, partagé face aux avis et aux personnages les plus contradictoires (une cinglée l’encourage à boire de l’urine pour s’en sortir, conseil qu’il ne suit pas longtemps !), il accomplit beaucoup de choses. Il assiste à la création de sa pièce Les Arabes à Poitiers, répond à différentes commandes de textes, part écrire à Montréal où il est invité pour une résidence, se remet à jouer chez Stuart Seide dont il est l’assistant pour la création de la version théâtrale du Quatuor d’Alexandrie de Lawrence Durrell…
C’est aussi un tableau du petit monde théâtral confronté à un personnage dont la maladie est visible et peut provoquer une gêne. Ce petit monde est finalement formidable, compréhensif, chaleureux. C’est parfois le public qui ne comprend pas et juge, lors de débats, que l’auteur en ajoute dans la noirceur. Les gens ne peuvent pas savoir que Tartar, qui vient d’écrire Papa Alzheimer, est à la fois un malade en rémission et quelqu’un dont le père vient de mourir, qu’il n’a aucun goût du drame ou du mélodrame.
Tartar s’est amusé à déformer les noms des gens de théâtre. Ce sera un jeu que de résoudre ces anagrammes : Stuart Seide est appelé Stuart Desie, Marie-Agnès Sevestre devient Marie-Agnès Trésèves, Michel Azama est rebaptisé Michel Maaza… Le sourire a son importance dans cet émouvant témoignage. Tartar sait donner aux moments leur côté noir et leur côté lumineux. N’a-t-il pas écrit Sauvez Régine en partant du chant Salve Regina ?

Les Bassines de Luc Tartar. Editions de l’Amandier, 220 pages, 18 euros.

Photo Arnaud Gisinger.

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