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Critiques / Théâtre

Les Autres de Jean-Claude Grumberg

par Gilles Costaz

La bêtise et la haine pris au piège de la comédie

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La seule réserve qu’on puisse émettre sur l’ensemble de pièces courtes de Jean-Claude Grumberg que Jean-Louis Benoit a réunies sous le titre Les Autres est que ces textes sont très connus, trop connus. On les a beaucoup vus. Mais, si on ne les connaît pas, l’occasion de les découvrir est très belle. Ce sont quatre farces sociales qui tirent à boulets rouges contre le racisme et l’imbécillité de ce qu’on appellera pour simplifier l’apriorisme. Dans la première, Michu, un homme découvre tous les « défauts » que ses camarades lui attribuent : homo, communiste, juif, franc-maçon, et se dit qu’il a peut-être les caractéristiques que la rumeur lui prête ! Dans Les Vacances, une famille dans un pays sans doute maghrébin se croit exploitée dès qu’elle commande la moindre chose dans un restaurant, jusqu’à ce qu’on comprenne que la bêtise et la méchanceté, sont du côté des visiteurs et non du côté de ceux qui les reçoivent. Dans Rixe, un homme se croit poursuivi par un autre dont il aurait abîmé la voiture et joue au justicier. Enfin, dans La Vocation (cette pièce-là étant beaucoup moins jouée et connue que les autres), un père montre les limites de sa tolérance quand il s’agit d’accepter les choix de son fils pour le métier qu’il fera plus tard.
A chaque fois, c’est un coup de poing. A chaque fois, c’est un éclat de rire, bien que le rire puisse rester entravé dans la gorge. La mise en scène, malicieuse, de Jean-Louis Benoit se tapit derrière le décor mobile et changeant de Jean Haas et s’incarne dans une interprétation qui refuse d’aller à la caricature mais va jusqu’à l’énormité maximale de la vraisemblance. Il faut quand même un acteur central, fort en gueule et haut en couleur ; il est trouvé en la personne de Philippe Duquesne qui joue les Français moyens en changeant admirablement de facettes dans sa panoplie des bonnes consciences bien mal placées. Nicole Max, Pierre Cuq, Stéphane Robles, Antony Cochin ont du répondant, quitte à nous faire peur tant il y a d’âpreté parfois dans leur peinture de la bêtise. C’est bienfaisant de voir la médiocrité si bien prise au piège.

Les Autres de Jean-Claude Grumberg, mise en scène de Jean-Louis Benoit, scénographie de Jean Haas, lumières de Jean-Pascal Pracht, costumes Marie Sartoux, assistanat à la mise en scène Laurent Delvert, avec Philippe Duquesne, Nicole Max, Pierre Cuq, Stéphane Robles, Antony Cochin.

Théâtre de l’Epée de bois, Cartoucherie de Vincennes, tél. : 01 Puis Saint-Michel-sur-Orge, 19 janvier. (Durée : 1 h 35).

Photo Bohumil Kostohryz.

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