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Critiques / Danse

Les Applaudissements ne se mangent pas de Maguy Marin

par Yves Bourgade

Une Chorégraphe toujours engagée à l’Opéra Garnier

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En novembre 1981, la création à Angers de May B, suivie par d’autres pièces chorégraphiques aussi fortes que différentes, comme Babel Babel, Eden , Cendrillon, Coppelia ou Cortex, a établi la réputation de Maguy Marin. May B fut longtemps la pièce-phare de la chorégraphe qui la présenta dans les cinq continents plus de sept cents fois.
Maguy Marin est née en 1951. Les historiens de la danse la range dans cette génération qui a constitué le courant de la « jeune danse française » dans les années 70 et 80 du XXème siècle, courant où figurent, outre Maguy Marin, notamment Dominique Bagouet, Jean-Claude Gallotta, Régine Chopinot, Angelin Preljocaj, Philippe Decouflé, le tandem Bouvier-Obadia, Daniel Larrieu, Mathilde Monnier.
La notoriété précoce de Maguy Marin, passée par Mudra et le Ballet du XXème siècle, de Maurice Béjart, appela l’attention dès 1983 du Groupe de recherche chorégraphique de l’Opéra de Paris de Jacques Garnier. Celui-ci lui passa commande de Jaleo, une pièce séduisante par sa fluidité et qui se nourrit de les origines espagnoles de la chorégraphe en s’appuyant sur des musiques flamenco : Maguy Marin née à Toulouse, a pour parents des réfugiés républicains ayant fui la dictature franquiste.
Rudolf Noureev, alors « patron » du Ballet de l’Opéra de Paris, lui passa ensuite commande d’une chorégraphie créée en 1987, Leçon de ténèbres, inspirée par la musique de François Couperin, jouée dans la fosse par les Arts florissants de William Christie.
De l’eau est passée sous les ponts, mais la conviction de la fille de républicains espagnols reste la même : « l’art doit questionner le monde, faire résistance ».
C’est ainsi que tout au long de ces quelques quarante dernières années, elle n’a pu se satisfaire des situations acquises et rester indifférente à la situation du monde. Elle quitta en 1998 le Centre chorégraphique national (CCN) de Créteil pour créer un nouveau CCN dans la banlieue de Lyon où elle s’est à nouveau et actuellement fixée avec sa compagnie, à Sainte-Foy-lès-Lyon dans une ancienne menuiserie, pour installer un centre d’art interdisciplinaire, après avoir tenté une autre expérience, abandonnée, à Toulouse.

C’est cette saison seulement que l’on retrouve Maguy Marin à l’Opéra de Paris pour l’entrée au répertoire du Ballet de Les applaudissements ne se mangent pas, une pièce d’une durée d’une heure qu’elle a créée en 2002 pour sa compagnie à la 2ème Biennale de la danse de Lyon dont le thème était Terra latina.
Le point de départ : un roman pamphlétaire de l’Uruguayen Eduardo Galeano, Les veines ouvertes de l’Amérique latine qui dénonce les relations de domination qu’entretiennent les pays occidentaux avec le continent sud-américain. Maguy Marin aime rappeler le sort commun des pays latino-américains : « une incroyable exploitation culturelle et humaine, un asservissement des forces qui habitent leurs terres et un strict contrôle de leur émancipation ».

Face à cette situation, sa pièce Les applaudissements ne se mangent pas veut explorer « les situations inextricables, les stratégies de pouvoir et les rapports de force qui régissent le fonctionnement des êtres humains ».
Pour opérer sa démonstration, la chorégraphe déploie ses danseurs dans une scène fermée entourée de rideaux constitués de bandes plastiques aux couleurs vives. Dans ce huis clos quatre hommes et quatre femmes vont être successivement dominés et dominateurs. La chorégraphe ne les différencie pas par le vêtement mais par les positions, les gestes, les pas de danse que chacun adopte, en groupes divers ou en solitaire. Elle renonce à tout grotesque corporel, à l’imagerie populaire, à une théâtralisation qu’elle a largement utilisée dans ses premiers ballets. Pour réaliser sa démonstration, il ne lui reste que les mouvements des corps, des moyens plus elliptiques, plus subtils, ce qui oblige son public a davantage d’imagination. Elle a heureusement comme soutien la musique enregistrée, obsédante sans être assourdissante, d’un complice habituel Denis Mariotte.
On imagine que pour les seize danseurs de l’Opéra (il y a deux distributions) engagés dans l’aventure, la fréquentation de Maguy Marin est une occasion unique de confrontation avec une artiste engagée dans son siècle. On regrettera cependant que l’on n’a pas demandé à cette créatrice une chorégraphie pour davantage d’interprètes et d’ensemble plus fournis.

Les applaudissements ne se mangent pas
Palais Garnier : 29 , 30 avril , 2 et 3 mai 2016, 19h30, 28 avril 20h3O 2016 ; durée une heure ; places de 10 à 110 €.

Photos Les applaudissements ne se mangent pas 1©C.Leiber, 2 ©Laurent Philippe

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