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Critiques / Théâtre

Les Animals d’Eugène Labiche

par Gilles Costaz

Des vaudevilles très sexués

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Au Nest, Centre dramatique de Thionville-Grand Est qu’il dirige, Jean Boillot a présenté un diptyque Labiche dont les deux parties, Les Animals et La Bonne Education, comprennent chacune deux pièces courtes (assez courtes, d’une heure environ) de l’auteur. Ce diptyque est actuellement en tournée à travers la France. Nous n’avons vu voir que Les Animals, dont le titre à la faute de français revendiquée entend caractériser le caractère bestial du bourgeois. D’ailleurs, les deux comédies font allusion à un animal. Boillot discerne quasiment plus de bestialité dans les personnages que dans le chien et le mouton dont il est question dans les textes. La première pièce, La Dame au petit chien (à ne pas confondre avec la célèbre nouvelle de Tchekhov !), est l’histoire d’une femme mariée qui finit par trouver plus de plaisir à la compagnie du jeune homme qui occupe provisoirement l’une des pièces de son appartement qu’à celle de son compagnon à quatre pattes. Tout cela au nez à la barbe du mari dont le jeune homme est le débiteur. La seconde pièce, Un mouton à l’entresol, entremêle les démarches lubriques d’un propriétaire fou de sa bonne, les stratagèmes secrets de sa femme et les obsessions zoologiques du domestique !
Boillot joue frénétiquement la carte freudienne et met le sexe au premier plan. De ce point de vue-là, la première partie est très réussie. A la première image, la jeune femme assise montre ses jambes sortant de sa robe avec crinoline comme si la robe était elle-même une vulve énorme et dévoratrice ! Du moins cela est-il suggéré comme l’a fait quelquefois la peinture surréaliste. Ensuite, tout n’est que frôlements, roulements de corps au sol et rencontres dans les airs – car on grimpe aux rideaux, on monte aux échelles. Ce jeu répété allonge un peu l’action, mais c’est inventif et bien vu. Malheureusement, ce trait appuyé vire au mauvais goût dans la seconde moitié, avec seins à l’air pour la bonne et sexes virils mis à nu pour deux des trois mâles en scène ! On passe de la suggestion freudienne à la gaudriole à deux sous, de l’univers de Dali et Ernst à la rigolade grivoise pour petits-bourgeois frustrés. Les acteurs, Guillaume Fafiotte, David Maisse, Philippe Lardaud, Isabelle Ronayette, Nathalie Lacroix, ont du tonus et savent, à l’occasion, chanter (car il y a toujours des couplets dans les vaudevilles). La scénographie de Laurence Villerot, qui met le décor bourgeois à distance, en fait un monde à part, est ingénieuse. Il y a beaucoup de bons gags (le piano joue souvent tout seul, sans pianiste). Mais, par moment, la vulgarité d’une certaine époque qu’on entend dénoncer revient en boomerang.

Les Animals et La Bonne Education, quatre pièces en un acte d’Eugène Labiche, mises en scène de Jean Boillot, assistanat de Régis Laroche, musique de Jonathan Pontier, dramaturgie d’Olivier Chapuis, scénographie de Laurence Villerot, lumières d’Ivan Mathis, costumes de Pauline Pô, collaboration chorégraphique de Karine Ponties, collaboration vocale de Géraldine Keller, avec Guillaume Fafiotte, David Maisse, Philippe Lardaud, Isabelle Ronayette, Nathalie Lacroix.

Théâtre Olympia, Tours, tél. : 02 47 64 50 50, jusqu’au 25 novembre. Puis en tournée jusqu’en mai : Saint-Nazaire (29-30 novembre), Bordeaux (7-16 décembre), Blois, Alençon, Mulhouse, Colmar, Oullins, Bruxelles, Agen, Bar-le-Duc, Luxembourg. Durée : 2 h pour Les Animals, 2 h 15 pour La Bonne Education.

Photo Arthur Pequin.

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