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Critiques / Théâtre

Les Anciennes Odeurs de Michel Tremblay

par Gilles Costaz

Ce qui reste de l’amour

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Le théâtre de Michel Tremblay – le plus grand auteur de théâtre du Qébec – ne trouvait pas sa place en France. Il est en train de l’acquérir secrètement, discrètement, auprès des nouvelles générations, avec ses textes les plus ramassés, les plus concis, que, souvent, Christian Bourdeleau, adapte légèrement pour le public français. Les Anciennes Odeurs, qu’on a pu voir plusieurs fois à Paris, fait se rencontrer deux anciens amants, deux hommes qui se sont quittés il y a quelque temps. L’un, plus âgé, est professeur de français : il a été un très grand enseignant, il a beaucoup appris à son jeune amant. L’autre, son élève d’antan, voulait devenir comédien et il l’est devenu. C’est même une vedette de la télévision, et il n’y a pas de quoi être fier ! Il joue des séries à succès, dont il a un peu honte, et s’apprête à revenir au théâtre, au théâtre profond, vrai, comme celui qu’il aimait à ses débuts, conseillé, éclairé par le professeur. Le temps a passé : l’enseignant vit avec un autre homme qui n’est pas loin, dans une autre pièce. L’acteur est un peu provocateur. Jaloux, il se moque de ce nouveau partenaire. Surtout, les « anciennes odeurs » sont tenaces. Elles collent à la peau et au souvenir. Ce qui reste de l’amour est-ce toujours de l’amour ?
La forme, ici, est très classique. C’est presque du Jules Renard ! C’est, avant tout, d’une acuité et d’une émotion continues. Chacun est sur ses gardes, chacun se protège, et, pourtant, chacun se livre. Jusqu’à ce que le passé et le présent se réconcilient en eux. La mise en scène de Richard Guedj traque toutes les nuances, tous les silences, tous les jeux secrets. Yannick Debain incarne un enseignant blessé et cuirassé : l’interprète en donne pleinement la vérité intellectuelle et sensible. Marwan Berreni compose l’acteur célèbre qui se déshabille de sa notoriété. Il est plus fort, mène le jeu, mais révèle peu à peu sa vulnérabilité. Berreni met magnifiquement en lumière cette duplicité, cette malignité qui se transforme en fragilité d’athlète. C’est une très belle sonate !

Les Anciennes Odeurs de Michel Tremblay, adaptation de Christian Bordeleau, mise en scène de Richard Guedj, scénographie de Kevin Carron, avec Yannick Debain et Marwan Berreni.

Théâtre du Marais, les vendredi et samedi à 21 h 30, le dimanche à 15 h, tél. : 01 71 73 97 83, jusqu’au 26 juin. (Durée : 1 h 15).

Photo DR.

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