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Critiques / Théâtre

Les Amours jaunes de Tristan Corbière

par Gilles Costaz

Le poète à l’heure de l’absinthe

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Verlaine consacra son livre Poètes maudits à trois écrivains : Tristan Corbière, Arthur Rimbaud, Stéphane Mallarmé. Les deux derniers ont échappé à leur malédiction, mais le premier reste peu connu, malgré sa présence dans toutes les bonnes histoires de la poésie française. Henri Courseaux a choisi de le faire entendre en l’incarnant, ou en jouant l’un de ses doubles, vaste cape sombre sur l’ample chemise blanche. Il fume, il boit. C’est le temps de l’absinthe, qui se prépare dans un tube ventru, et ce personnage ne s’en prive pas, tout en créant ses vers aux « petits traits turlutants » et observant une humanité qui l’amuse et dont il est exclu. Il chante la femme, mais il reçoit si peu d’amour. Sa joie est dans l’acrobatie et la fantaisie de ses mots. (Corbière est mort à 30 ans, ignoré de tous, ayant seulement publié ces Amours jaunes à compte d’auteur : d’où une poésie allègrement souffrante).
La rencontre entre Corbière et Courseaux – qui est aussi écrivain et chanteur - est un véritable accord dans la sensibilité et l’inspiration. La mise en scène d’Hervé Van Der Meulen reconstitue l’époque, le climat, et fait de Marie Mazille, qui joue délicatement de l’accordéon et d’autres instruments de musique, plus qu’une accompagnatrice : une muse, une femme réelle et une femme fantasmée. Henri Courseaux, lui, dégage l’entière succulence de chaque poème. La voix est forte, pleine. Pourtant, elle saisit le détail, l’ironie, la douleur, la courbe changeante des musicalités. Courseaux étreint chaque parole de Corbière avec une tendre puissance. Le chant de l’acteur suit le chant du poète dans toutes ses brisées :
« C’est très parisien dans les rues,
Quand l’aurore fait le trottoir,
De voir sortir toutes les grues
Du violon de leurs boudoirs… »

Les Amours jaunes de Tristan Corbière, mise en scène d’Hervé Van Der Meulen, avec Henri Courseaux et Marie Mazille.

Forum Léo Ferré, Ivry, les lundis 6 février, 3 mars, 24 avril, 15 mai, 12 juin, 20 h 30, tél. : 01 42 72 64 68. (Durée : 1 h 15).

Photo Anne-Marie Panigada.

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