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Critiques / Théâtre

Les Ailes du désir de Wenders, Handke, Reitinger

par Gilles Costaz

Une fable allemande devenue avignonnaise

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Quelle surprise ! Le fameux film de Wim Wenders, Les Ailes du désir, écrit en compagnie de Peter Handke et sorti en 1987, fait l’objet d’une transposition théâtrale, avignonnaise et située aujourd’hui même. C’est une idée d’une des grandes figures de la cité des Papes, Gérard Vantaggioli, qui a obtenu on ne sait comment – à force de persévérance, certainement – l’accord de Wenders.
L’histoire reste presque la même : deux anges observent la vie sur terre. Ils sont invisibles et peuvent regarder de près ces étranges humains qui ne sentent pas leur présence. Ils voient une trapéziste qui travaille avec son maître en figures aériennes : à présent, dans cette nouvelle version, c’est une actrice qui répète avec son metteur en scène. L’actrice et le maître ont formé un couple, mais ils ne s’aiment plus. Ils se séparent sous les yeux des anges. L’un d’eux s’éprend de la belle artiste et change de condition, devient un homme pour séduire la femme et connaître avec elle l’amour terrestre.
Dans le spectacle du Chien qui fume, Avignon est présente par des images filmées projetées sur trois écrans (on voit même la révolte des intermittents en 2003 !). Et aussi par sa structure. Le spectacle de Vantaggioli est en hauteur, il est vertical. A la première seconde, l’un des anges est trois mètres au-dessus de notre tête. Quand on voit l’actrice, elle se balance sur une corde de gymnaste (souvenir de l’hommage au cirque que contient le film de Wenders). Cette verticalité n’est pas seulement une caractéristique esthétique. C’est aussi une façon de faire vivre la pièce différemment, d’en traduire la hauteur philosophique. Car cette fable n’est pas un joli conte, mais un rêve profondément grave. Les acteurs ont une présence, une diction, une gestuelle tournées vers l’intériorisation et une mystérieuse quête personnelle. Sacha Petronijevic incarne l’ange qui deviendra un homme dans une forte composition où se rejoignent la pudeur, la sensualité et la quête métaphysique. Nicolas Geny est l’autre ange : il en dégage l’aspect plus doctrinaire en lui donnant une tendre fragilité, imprévue et émouvante. Philippe Risler interprète le metteur en scène en enrobant la blessure du personnage dans une subtile ouate très sensible. Enfin, le rôle de la comédienne est jouée par Stéphanie Lanier qui est d’abord une longue, fine et splendide apparition puis une interprète touchante et troublante qui, surtout, atteint une dimension mythique avec d’autres moyens que la créatrice du rôle à l’écran, Solveig Dommartin. Avec ces quatre comédiens Gérard Vantaggioli réussit l’un de ses plus beaux spectacles, parce qu’il est dans cette épure toute verticale. Et aussi parce qu’il fabrique, curieusement et brillamment, un objet légendaire et moderne qui s’inscrit – fugitivement ou durablement ? – dans l’histoire imaginaire d’Avignon.

Les Ailes du désir de Wim Wenders, Peter Handke, Richard Reitinger, adaptation et mise en scène de Gérard Vantaggioli, musique d’Eric Breton, lumière de Franck Michallet, régie vidéo de Jérémy Meysen, avec Stéphanie Lanier, Sacha Petronijevic, Nicolas Geny, Philippe Risler.

Théâtre du Chien qui fume, Avignon, 17 h 45.

Photo Philippe Hanula.

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