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Critiques / Théâtre

Léonce et Léna de Georg Büchner

par Dominique Darzacq

Des marionnettes pour un royaume de pantins

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Directeur de la compagnie Le Pilier des anges, Grégoire Caillès , auteur, comédien, marionnettiste, metteur en scène qui transforma de TJP de Strasbourg qu’il dirigea de 1999 à 2011 en haut lieu de la marionnette, est aujourd’hui artiste associé au Théâtre de l’Atalante où il présente en ce moment la pièce de Büchner dans une version qui associe marionnettes chinoises et comédiens.

Léonce, jeune prince désabusé que tout ennuie, n’a pas plus envie de recevoir de son roi de père les clés du royaume de Popo que la main de Léna, princesse du royaume de Pipi que les arrangements politiques lui destinent. Celle-ci de son côté se désespère à l’idée d’avoir pour époux un homme qu’elle n’a jamais vu et ne connaît pas. Tous deux décident d’échapper à un aussi funeste destin et de fuir. Lui, en compagnie de Valério dont la grande adresse consiste à rester oisif, elle avec sa gouvernante à qui elle a confié son désarroi et son sort. Arrive ce qui devait arriver, en chemin et au hasard du jardin d’une auberge, ils se rencontrent et tombent immédiatement amoureux l’un de l’autre. Secondés par les subterfuges de la gouvernante et de Valério, ils se marieront. Un heureux dénouement dont le roi de Popo profite aussi sec pour mettre le gouvernement du royaume entre les mains de Léonce, pressé qu’il est « de pouvoir enfin se mettre à penser sans être dérangé ».

Dans cette pièce qui pourrait être l’ancêtre du théâtre de l’absurde, Büchner (1813-1837), génial météore de la littérature allemande, mort à 23 ans du typhus, emprunte délibérément à Shakespeare et à Musset et campe ses personnages dans un royaume de conte de fées loufoque. Sous ses airs de pastiche et de bluette surréaliste il s’en prend à la société allemande de son temps qu’il voit comme un monde de pantins et d’aliénés. « Rien que de l’artifice et de la mécanique, rien que du carton-pâte et des ressorts d’horlogerie ! » Ainsi Valério présente-t-il à la Cour les deux tourtereaux appelés à régner.

Pour mettre en scène l’histoire de ce royaume où les affaires d’état deviennent « le songe d’une nuit d’été de marionnettes humaines » et qui pourrait commencer par « Il était une fois », Grégoire Caillès, pour qui « une adaptation pour marionnettes doit faire subir à une pièce le même sort qu’un livret d’opéra », délimite le territoire en deux parties distinctes. En dessous, le peuple d’en bas figuré par des automates arrimés à des rouages et mécaniques qu’on dirait sortis du film de Chaplin « Les Temps modernes », au-dessus, bien évidemment les gens d’en haut, ceux de la haute qui, allongés dans un pré au soleil, ou à l’ombre des rayons de lune, dissertent à n’en plus finir sur l’absurdité du monde.

Dans les beaux décors nimbés d’onirisme de Jean-Baptiste Manessier qui signe également de très raffinées marionnettes chinoises, subtilement secondé pour le jeu et la manipulation par Marie Vitez, Grégoire Caillès signe une savoureuse adaptation qui privilégie la fantaisie.

Léonce et Léna de Georg Büchner spectacle pour marionnettes. Adaptations et mise en scène Grégoire Caillès, scénographie et marionnettes Jean-Baptiste Manessier, manipulation et jeu Grégoire Calliès et Marie Vitez (1h) à partir de 12 ans

Théâtre de L’Atalante jusqu’au 10 octobre tel 01 42 23 17 29

Puis à la Halle Roublot du 13 au 17 octobre voyagesenmarionnettes gmail.com

Photo ©Victor Tonelli/ArtComArt

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