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Le vivier des noms de Valère Novarina

par Jean Chollet

Déluge verbal savoureux et jubilatoire

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Ce redoutable agitateur du langage retrouve le Festival d’Avignon, huit ans après L’Acte inconnu, resté en mémoire, pour une nouvelle création issue de ses volumineux carnets au titre éponyme. En puisant dans la liste de 50.000 noms qui les composent, pour faire apparaître une multitude de personnages, tels l’ambulancier Glodon, Jean d’Oléron, L’Acteur de toute viande, L’Enfant sextuple, le Zoographe, la Mangeuse de Oui, ou le Chien Uzdent… convoqués par “ L’ Historienne,” narratrice et chef d’orchestre de leurs apparitions. Ils portent, hors de toute logique, la fragilité fluctuante et poétique du langage, matière devenue palpable et visible grâce au théâtre, et mise en mouvement dans l’espace avec une harmonie mélodieuse, qui séduit tout autant les habitués de l’univers novarinien que ceux qui le découvre. En tutoyant à sa manière la vie et la mort, à travers quelques sentences ponctuelles révélatrices : “ Ma mère n’a pas eu d’enfant ”, “ Taisez-vous un instant que j’entende ce que disent vos yeux ”, “On jugera les hommes à leur courage à tomber ”, ou globalitaire “ L’homme n’est pas bon, non de non”. Ou encore, en ventant les vertus de la lettre U, réunificatrice remplaçant la sonorité des voyelles, qui offre une récitation désopilante du “ Corbu u du runard ”. Quelques touches, qui reflètent partiellement la tonalité de cette épopée langagière délectable et réjouissante.

Son auteur, par ailleurs peintre et graphiste, réalise à cette occasion une nouvelle mise en scène, comme il l’a fait pour quatorze de ses œuvres. Elle semble résulter ici d’une théâtralité immédiate, puisée dans la rencontre entre le texte et les acteurs, et leur relation à l’espace. Dans le Cloître des Carmes, à l’architecture prégnante, la scénographie de Philippe Marioge, prend logiquement ses distances avec elle. En rupture avec la verticalité des murs, un plancher composé de dalles, en partie relevables pour ménager les apparitions des interprètes, revêtues de peintures rouges et noires reproduites de Valère Novarina, qui prolongent de manière optique les variations et l’éclatement des mots à l’aide des lumières de Joël Hourbeigt. Dans cette localisation ouverte et signifiante, accompagnés des musiques de Christian Paccoud à l’accordéon, les comédiens épatants déjà complices par le passé de l’auteur, ont été rejoints par Claire Sermione (par ailleurs sociétaire du Nouveau Théâtre Populaire ), subtile et magistrale Historienne, parfaitement au diapason. Ils sont entourés, sous forme d’hommage, par “deux “ ouvriers du drame “, et, dans le cadre du festival, par la participation d’élèves du Conservatoire du Grand Avignon, dont le plaisir et la jubilation d’être dans l’aventure sont offerts en partage. Dans le débit de ce long fleuve verbal non tranquille, le seul bémol concerne sa longueur (2 heures 40) qui aurait méritée un allègement sans doute bénéfique à sa densité, sans pour autant altérer le plaisir ressenti lors de cette création parfaitement aboutie.

« Le Vivier des noms » est publié aux éditions P.O.L. 268 pages 17 euros

Le Vivier des noms, texte, mise en scène et peintures Valère Novarina, avec Juilie Kpéré, Manuel Le Lièvre, Dominique Parent, Claire Sermonne, Agnès Sourdillon, Nicolas Struve, René Turquois, Valérie Vinci, Christian Paccoud musicien, Elie Hourbeigt, Richard Pierre “ ouvriers du drame ”. Scénographie Philippe Marioge, lumière Joël Hourbeigt, costumes Karine Vintache. Durée 2 heures 40.

Théâtre 71 de Malakoff du 18 au 26 janvier 2017

Cloître des Carmes Avignon. En tournée, d’octobre 2015 à avril 2016 : Montluçon, Aurillac, Toulouse, Annecy, Limoges, Châteauroux, Meyrin, Budapest, Dunkerque.

Photo © Christophe Raynaud de Lage

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