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Critiques / Danse

Le spectacle annuel des Petits rats de l’Opéra

par Yves Bourgade

Une performance digne des professionnels de la danse

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Depuis 1977, c’est une tradition à l’Opéra de Paris chaque saison, son Ecole de danse présente un spectacle annuel. Quand on sait le haut niveau d’enseignement et d’exigence de cette institution qui en 2013 a fêté ses 300 ans, il ne fait pas de doute que malgré le jeune âge des participants, qu’on appelle familièrement les « petits rats », il s’agit d’un spectacle qui ne relève en rien de l’amateurisme sympathique. D’ailleurs, le public ne s’y trompe pas, il faut s’y prendre à l’avance pour y assister.

Au fil des ans depuis l’instauration de ce rendez-vous annuel par la directrice d’alors, l’ancienne étoile Claude Bessy, l’Ecole de danse, dirigée depuis la rentrée 2004 par une autre ancienne étoile Elisabeth Platel, a constitué un corpus de chorégraphies adaptées aux élèves danseurs. Certaines pièces ont été créées spécialement pour eux d’autres appartiennent au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris que les plus grands des élèves (les 16 , 17 et 18 ans) peuvent déjà interpréter.

Cette année est proposé un « voyage à travers l’histoire du style chorégraphique de l’école française de danse » avec présence dans la fosse de l’Orchestre des Lauréats du Conservatoire .

Cette école française dite « classique » à la fin du XVIIIème siècle et au XIXéme siècle a essaimé en Europe où comme au Danemark s’est conservée dans toute sa pureté une école dite « bournonvillienne », du nom du danseur et chorégraphe danois d’origine française, August Bournonville (1805-1879). Ecole classique que la France a dénaturé par suite de greffes successives et qui est chez Bournonville un cocktail fait de pantomime, de danse folklorique et de danse pure classique et noble.

L’Ecole de danse de l’Opéra de Paris se présente ainsi cette année dans le pas de six et la Tarentelle de Napoli de Bournonville sur une musique un peu ronflante et sucrée d’Helsted et Paulli. L’emprunt y est au folklore napolitain observé sur place par Bournonville. Mais ce qui est plus original dans ce ballet c’est l’occupation étudiée de l’espace par les danseurs qui projettent leurs pas dans toutes les directions allant même jusqu’à battre l’entrechat de dos C’est aussi la continuité du mouvement, son legato  : la danse semblant d’un seul jet. Homme de tradition, Bournonville n’est sans doute pas un théoricien de l’importance de Noverre (1727-1810), il a prolongé la grande tradition classique à travers la période romantique. Son romantisme imprégné d’humanisme et de candeur est cependant différent de celui plus tourmenté que l’on trouve en France.

Outre l’enseignement de la danse classique, de la danse de caractère, de la danse contemporaine et jazz, les « petits rats » dès 12, 13 ans suivent des classes de mime et de folklore, ce qui a permis à l ’étoile Jose Martinez (parti pour Madrid) de créer en 2005 pour eux Scaramouche qui renoue avec la pantomime de la commedia dell’arte sur une musique de Darius Milhaud.

Cette année figurent aussi à l’affiche Concerto en ré qu’a réglé dès 1977 Claude Bessy (une élève de Serge Lifar 1905-1986 venu de l’académisme russe) sur une musique de Bach pour l’ensemble des élèves et Yondering de l’Américain John Neumeier sur des musiques de chansons populaires américaines de Stephen Collins Foster( 1826-1864). Cette dernière chorégraphie d’une écriture néoclassique, évocation du passage de la vie juvénile à l’âge adulte suggérée notamment par des glissades gracieuses, des portés difficiles, des parcours stoppés, a été créée en 1996 pour les Ecoles du Ballet de Hambourg (que Neumeier dirige depuis 1973) et du Ballet de Toronto.

Pour Neumeier, c’est la nostalgie d’un monde enfui et pour les interprètes c’est un monde à venir qu’ils annonçent .

Palais Garnier 5, 8 et 10 avril 19H30 et 6 avril 14H30, ( durée 3h30 )

Photos 1 Scaramouche, 2 Napoli ©David Elofer

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