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Critiques / Théâtre

Le retour au désert de Bernard-Marie Koltès

par Corinne Denailles

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Arnaud Meunier met en scène cette pièce un peu atypique de Bernard-Marie Koltès, créé en 1988 par Patrice Chéreau avec Michel Piccoli et Jacqueline Maillan pour laquelle la pièce a été écrite. Ce qui pourrait expliquer le caractère hybride du texte qui mêle registres comique et tragique, réaliste et fantastique, histoire familiale et grande Histoire. La pièce s’articule autour du couple infernal formé par un frère et une soeur, Adrien et Mathilde. Mathilde débarque un beau jour d’Algérie chez son frère, flanquée de ses deux enfants de père inconnu, Edouard et Fatima, un prénom qui dit la volonté de provocation de Mathilde, un prénom inacceptable dans cette petite ville de province, bourgeoise, mesquine et gentiment raciste. Mathilde a décidé de récupérer sa part d’héritage ; à elle la maison d’Adrien, à lui l’usine. Lui, petit notable aux pieds nus qui joue les vertueux, assis sur de sombres secrets malodorants, règne en maître sur sa femme alcoolique et hébétée et son niaiseux de fils. Derrière la guerre féroce que se livrent le frère et la soeur, qui se lancent du "Adrien, mon frère", du "Mathilde ma soeur", comme autant de flèches sarcastiques, se profile la vraie guerre sans qu’il en soit directement question. L’attentat fomenté par Adrien et ses comparses contre un café arabe est suggéré plus que raconté. En une réplique le domestique Aziz résume sa situation : "Je ne suis plus algérien ni français, je suis un couillon". Au-delà de l’Algérie, il est question de fantômes accusateurs, de cadavres cachés dans les placards de l’histoire française.

La mise en scène classique d’Arnaud Meunier gagnerait à plus de fluidité ; elle semble parfois entrer en conflit avec l’énergie du texte et la scénographie de Damien Caille-Perret, presque trop élégante, induit des déplacements curieusement contraints. Par ailleurs, le metteur en scène a fait d’excellents choix de distribution. Catherine Hiégel interprète l’explosive Mathilde ; douée d’un vrai sens comique, elle est à son affaire dans ce rôle de forte tête qui a son franc parler et la réplique cinglante. Didier Bezace, un peu guindé, maîtrise moins bien son rôle. Saluons la talentueuse Isabelle Sadoyan, formidable madame Queuleu, domestique digne du théâtre de Molière, ainsi que Kheireddine Lardjam touchant dans son interprétation sensible d’Aziz. Un retour ironique sur les mensonges de ce qu’on appelait "les événements" pour ne pas dire "la guerre" et leurs dégâts secondaires.

Le Retour au désert de Bernard Marie Koltès. Mise en scène, Arnaud Meunier. Scénographie, Damien Caille Perret. Lumières, Nicolas Marie. Costumes, Anne Autran. Avec Catherine Hiegel, Didier Bezace, René Turquois, Nathalie Matter, Cédric Veschambre, Élisabeth Doll, Isabelle Sadoyan, Kheireddine Lardjam, Adama Diop, Riad Gahmi, Louis Bonnet, Stéphane Piveteau, Philippe Durand. Durée : 2h.Au théâtre de la ville du 20 au 31 janvier 2016. Tel : 01.42.74.22.77.
Texte édité aux éditions de Minuit
© Sonia Barcet

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