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Critiques / Danse

Le rendez-vous annuel parisien du Tanztheater Wuppertal

par Yves Bourgade

Le message intact de Pina Bausch

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Pina Bausch est morte à 68 ans en 2009. Mais l’aura de cette artiste allemande est toujours intacte. D’aucuns considèrent même qu’elle reste une sorte de « conscience d’une Europe en décomposition…bloquée dans un temps de son histoire ».
Pour l’instant la compagnie qu’elle a créée en 1974 en Allemagne, le Tanztheater Wuppertal, demeure. Elle fait vivre ses compositions avec en partie des danseurs qui ont travaillé avec cette personnalité hors du commun, inventeur d’une forme originale, la danse-théâtre ou théâtre dansé (« tanztheater » en allemand), véritable subversion du théâtre au moyen de la danse pour mieux raconter l’incommunicabilité, l’incapacité à évoluer de chaque individu.

Le Théâtre de la Ville est à Paris fidèle à cette troupe qu’elle invite chaque année depuis 1985 et, pour, 2015 annexe même le Théâtre (voisin) du Châtelet, ce qui lui permet de proposer au public parisien successivement deux pièces : Nelken du 12 au 17 mai au Châtelet et Fur die Kinder von gestern heute und morgen du 21 au 31 mai au Théâtre de la Ville.
Nelken ( Œillets ) pour 23 danseurs et 4 cascadeurs, qui date de 1982, est présentée pour la première fois à Paris. Für die Kinder von gestern heute und morgen ( Pour les enfants d’hier, d’aujourd’hui et de demain ) pour 15 danseurs, qui a été créée en 2002, a été affichée l’année suivante au Théâtre de la Ville.

C’est au Festival d’Avignon 1983, dans la cour d’honneur du Palais des Papes qu’un large public en France a découvert Nelken qui se déploie sur un plateau couvert de plusieurs centaines d’œillets fichés dans le sol. Déjà ce dispositif scénique signé Peter Pabst contribue à graver certaines images dans la mémoire du spectateur. Il y a aussi les danseurs en tenue de soirée apparaissant sur le même swing les uns derrière les autres et serpentant au milieu des fleurs. Il y a également les acrobates se lançant des cintres et effrayant les danseurs, avec en bord de plateau des chiens de berger allemands. Les gestes sont faussement simples et pourtant la tension est réelle. Pina Bausch laisse la possibilité à ses danseurs les plus inventifs d’intervenir avec des « numéros » : ainsi à la création une démonstration de danse académique et l’interprétation en langage des sourds et muets de la chanson The man I love de Gershwin.
Tous les exégètes de l’œuvre de la chorégraphe allemande sont unanimes : Nelken est un de ses ballets les plus désespérés, gestes et dialogues y exprimant sa révolte avec une particulière âpreté.

La deuxième pièce affichée en mai Für die Kinder von gestern heute und morgen se veut un chahut de jeux d’enfant. Les danseurs sont invités à être eux-mêmes, à laisser libre leur imagination et leur fantaisie par la parole ou le geste. Certains se lancent dans des courses-poursuites échevelées sur des chaises à roulettes, d’autres sur des skateboards. Des solos dansés alternent avec des moments plus calmes. Les interventions de chacun des interprètes viennent directement de leurs propres expériences, le travail de la danse de chacun « permettant seul cette « remise en vie » des états vécus ».

Le Tanztheater Wuppertal sera conforme à la démarche de Pina Bausch tant que son esprit vivra dans cette compagnie dont chaque membre est invité, outre son entrainement rigoureux à la danse classique, à un travail introspectif, à réfléchir sur le caractère dérisoire des comportements codifiés et à la violence profonde de certains gestes anodins. Une démarche que l’on retrouve – évidente -, dans des pièces incontournables comme Kontakthof et Café Müller, créées en 1978. C’est également à cette condition que d’autres pièces plus tardives comme Nelken et Für die Kinder von gestren heute und morgen pourront se maintenir à l’affiche, tandis que ses créations liées à des grandes partitions (Iphigénie en Tauride et Orphée et Eurydice de Gluck, Barbe Bleue de Bartok, Le sacre du printemps de Stravinsky…) et dans un rapport danse-musique plus traditionnel pourront être transmises plus aisément. Déjà d’ailleurs certaines de ces pièces sont entrées au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris.

Nelken, Châtelet, 12 au 17 mai, 2OH . Durée 1H50. tarifs, 20 à 55 euros
Für die Kinder von gestern, heute und morgen, Théâtre de la Ville, 21, 22, 24, 25, 26,28, 29, 30 mai à 20H30 et 24 mai 17H. Durée 2H50. Tarif unique, 35 euros.

Photos « Pour les enfants d’hier et d’aujourd’hui »©Alexandros Sarakisidis

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