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Critiques / Théâtre

Le lièvre blanc d’Inaba et des Navajos de Satoschi Miyagi

par Jean Chollet

Rencontre féerique et poétique avec des mythes

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Après avoir inauguré le Théâtre Claude Levi – Strauss en 2006, avec la mise en œuvre d’un épisode du Mahabharata, présenté par la suite au Festival d’Avignon 2014 avec le succès que l’on sait, le talentueux metteur en scène japonais Satoschi Miyagi, retrouve en résidence le Musée du Quai Branly à l’occasion de son dixième anniversaire. Avec une création spécifique, amorcée depuis plusieurs mois au Shizuoka Performing Arts Center qu’il dirige, qui se fonde sur les écrits posthumes de Claude Levi – Strauss publiés sous le titre L’Autre Face de la lune (Editions du Seuil ) dans lequel l’anthropologue et ethnologue ( 1908 – 2009) considère que la mythologie japonaise forme une variante d’une source mythologique issue d’Asie centrale qui se serait étendue en Amérique et en Europe. A partir de cette hypothèse, refusant une hiérarchisation des cultures, la troupe du Shizuoka a effectué un long travail de recherche aboutissant à une écriture collective à partir des légendes japonaises contenues dans les trois volumes du Kojiki ( Chronique des faits anciens par le conteur Hedia no Are, datée du VIIIème siècle) dont Le Lièvre blanc, épopée mouvementée, en plusieurs épisodes, entreprise par le kami (divinité) Okuninushi et ses quatre – vingt demi – frères en route pour Inaba avec pour objectif majeur des épousailles avec la belle princesse Yagami hime, qui ouvre sur de multiples rencontres avec les figures mythiques japonaises, associées à celles des Navajos, peuple amérindien d’Amérique du Nord, comme deux ponctuations de la civilisation.

Un spectacle total

Si pour la majorité des spectateurs parisiens non spécialistes, la rencontre avec ces mythes semble parfois sibylline - malgré un sur-titrage en français de la langue japonaise – il est facile de se laisser emporter par ce récit épique ponctué de poésie, de musiques et chansons, tant sa réalisation scénique est superbe. Elle utilise avec bonheur le jeu et les expressions sensibles et révélatrices des vingt six excellents comédiens – musiciens – danseurs, dont les corps, la gestuelle, la vitalité et les chorégraphies contribuent à créer un univers onirique. En prenant différentes identités et apparences avec des beaux masques de différentes dimensions, inspirés de ceux du IXème au XIIème siècle au Japon, des costumes et accessoires signifiants, associés aux ponctuations de percussions venues de divers horizons. L’ensemble constitue un magnifique livre d’images sonorisé, dont les pages se succèdent dans une fluidité, avec une précision et une cohérence adaptées. Pour son retour aux sources, Satoshi Miyagi fait preuve une nouvelle fois de sa maîtrise et de son originalité théâtrale ouverte sans frontières depuis ses débuts, dans une filiation d’esprit avec son maître Suzuki Tadashi, philosophe et metteur en scène.
Autour de ce spectacle, une journée d’étude et un atelier sont prévus avec la présence du metteur en scène et de chercheurs.

Photos Musée Quai Branly

Le Lièvre blanc d’ Inaba et des Navajos, conception et mise en scène Satoschi Miyagi avec le Shizuoka Performing Art Center, écriture collective Kubota Azumi avec la troupe, avec 26 comédiens et musiciens,. Musique Hiroko Tanakawa. Scénographie Junpei Kiz. Création costumes et masques Hayo Takahashi. Son Hisanao Kato. Accessoires Eri Fukasawa. Durée : 1 heure 45.

Théâtre Claude Lévis – Straus / Musée du Quai Branly à Paris, jusqu’au 19 juin 2016. Réservation tel 01056 61 71 72

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