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Critiques / Opéra & Classique

Le couronnement de Poppée de Claudio Monteverdi

par Caroline Alexander

Erotisme baroque et caresses musicales

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Après quatorze fructueuses années à la tête d’Angers-Nantes Opéra, institution qui, depuis 2002, regroupe les activités lyriques des deux villes, Jean-Paul Davois rendra son tablier le 1er janvier 2018. Son bilan largement positif s’achève sur la réussite de sa dernière grande production, Le Couronnement de Poppée de Claudio Monteverdi revisité par les inséparables Moshe Leiser et Patrice Caurier, une double signature familière du lieu.

On le sait, l’ultime opéra de Monteverdi, l’inventeur du genre, est un condensé de chasse au pouvoir et au sexe. Serait-il de nos jours classé « X » ? On y baise à tout va. Le livret que Busenello puisa dans les Annales de Tacite ne s’embarrasse pas de filets protecteurs de morale et la musique de Monteverdi s’épanche par moments en orgasmes. Dévorée d’ambition et de désir, la trop belle et ambitieuse Poppée, maîtresse de Néron, ne recule devant rien pour se hisser sur le trône légitimement occupé par Octavie.


Et les intrigues se nouent et se dénouent dans la montée des désirs et des règlements de compte. Le philosophe Sénèque est appelé par l’empereur à se suicider, autour de lui les cadavres couvrent peu à peu les paysages… Leiser et Caurier ne leur laisse pas d’alternative, Octavie répudiée se jette par les baies vitrées du palais grand bourgeois. Pour louer la beauté de Poppée, Néron et Lucain font l’amour ivres morts, puis l’empereur, rassasié de plaisir sodomite, l’égorge…

Ces folies-là ne figurent pas dans le livret d’origine, mais elle s’inscrivent en cohérence dans la mise en scène. Les événements se passent de nos jours. Costumes et décors sont en adéquation avec le monde d’aujourd’hui, les personnages sont joués en intime conviction, comme au cinéma. Leiser et Caurier sont fins directeurs d’acteurs et musiciens inspirés. Moshe Leiser descend même dans la fosse pour diriger les chanteurs aux côtés du maestro Gianluca Capuano. Les onze instrumentistes de l’ensemble Il Canto Capuano leur répondent en parfaite concordance baroque.


Poppée n’a pas les traits d’une assoiffée de pouvoir cynique, Chiara Skerath, soprano belgo-suisse, en fait une amoureuse palpitant de cœur et de corps, elle la pare de sa fraîcheur juvénile, de sa grâce et du fruité léger de sa voix. Néron, souvent chanté par un contre-ténor ou une mezzo-soprano, hérite ici de l’allure de voyou et du timbre franc du ténor islandais Elmar Gilbertsson, au jeu rageur et à la lumineuse clarté vocale. Après sa brève apparition en Fortuna du prologue, la mezzo israélienne Rinat Shaham endosse les états d’âme d’Octavia, ses graves nocturnes adoucissent ses rancœurs et lui apportent un supplément d’humanité. D’abord Vertu puis Drusilla, Elodie Kimmel leur apporte sa silhouette d’adolescente et la fraîcheur acidulée de son timbre de soprano. Inattendu et d’un comique assuré, le ténor Éric Vignau fait de la nourrice Arnalta, un travesti grande folle assez irrésistible. Dans le même registre, le contre-ténor Dominique Visse, vieux routier de ce type de personnage, transforme la dame de compagnie d’Octavia, en une mémé claudicante et tabagique. Sénèque, le penseur sacrifié, a la noblesse d’allure et le timbre chaud du baryton Peter Kálmán, Ottone récolte les saveurs du baryton Renato Dolcini.

Mention spéciale pour Amour dont Leiser et Caurier ont fait un personnage omniprésent, voltigeur, traversant l’espace scénique, des cintres au sol, tout doré des cheveux aux orteils, jouant, chantant : le tout jeune – 21 ans ! – contre-ténor Logan Lopez Gonzalez lui apporte une grâce quasi féerique. Jusqu’au final qu’il rend pathétique : tandis qu’enlacés, Néron et Poppée, chantent leur duo « Pur ti miro », il les imprègne peu à peu du sang de leurs victimes. Dont les corps meublent les fonds de scène. Le rêve de la musique prend une réalité cruelle. Dans la salle un silence épais précède les applaudissements enthousiastes.

Le Couronnement de Poppée de Claudio Monteverdi, livret de Francesco Busenello d’après les Annales de Tacite. Ensemble Il Canto di Orfeo, direction Gianluca Capuano (et Moshe Leiser), chœur d’Angers-Nantes Opéra, direction Xavier Ribes, décors Christian Fenouillat, costumes Agostino Cavalca, lumières Christophe Forey. Avec Rinat Shaham, Elodie Kimmel, Logan Lopez Gonzalez, Renato Dolcini, Mark Van Arsdale, Gwilym Bowen, Chiara Skerath, Elmar Gilbertsson, Éric Vignau, Dominique Visse, Peter Kálmán Agustin Perez-Escalante.

Nantes – Théâtre Graslin – les 9, 10, 12, 13, & 17 octobre à 20h, le 15 à 14h30
02 40 69 77 18 – www.angers-nantes-opera.com

Photos Jeff Rabillon, Jean-Marie Jagu pour Angers-Nantes Opéra

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