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Critiques / Théâtre

Le Vicaire de Rolf Hochhuth

par Dominique Darzacq

Le silence de la peur

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L’attitude du Pape Pie XII pendant la Seconde Guerre mondiale et singulièrement le silence du Saint Siège face à la Shoah, n’a cessé d’alimenter les polémiques à l’intérieur même du monde catholique, notamment par de grandes figures chrétiennes telles celles de Paul Claudel ou encore de François Mauriac qui aurait souhaité que le pape condamne plus nettement que par « des allusions diplomatiques, la mise en croix de ces innombrables frères du Seigneur ». Des allusions diplomatiques mieux comprises par Golda Meier qui à la mort de Pie XII, salua la mémoire d’un grand serviteur de la paix, tandis que d’autres personnalités israéliennes soulignaient la part qu’avait pris le Vatican pour sauver des juifs, entre autre, lors de la grande rafle du 16 octobre 1943 à Rome.

Un évènement dont il question dans Le Vicaire de Hochhuth et d’autant plus regrettable comme le souligne le cardinal de la Curie romaine dans la pièce, « qu’en intervenant sous les fenêtres du Vatican, les SS obligent le Pape à prendre officiellement connaissance des crimes de l’Allemagne ». C’est bien dire que Pie XII n’ignorait rien des crimes commis par les nazis. Pourtant obstinément, il s’est tu. C’est bien de ce silence et des raisons de l’ambiguïté de son attitude vis-à-vis d’Hitler dont nous parle l’auteur.

Un sujet sensible qui fit scandale lors de la création de la pièce à l’Athénée en 1963. Dans « Mémoire du théâtre », une série d’entretiens réalisés pour l’INA, Antoine Bourseiller qui interprétait le jeune prête qui s’élève contre la neutralité du pape et en signe de révolte, arbore l’étoile jaune, se souvient des coups de sifflets à roulette qui donnaient le signal des manifestations très musclées qui, aux cris de sales juifs ! Communistes ! Caricature !, interrompirent pendant sept jours les représentations.

Loin de la caricature justement, Horchhuth qui revendique de prendre des libertés aussi bien avec la réalité historique qu’avec la biographie des personnages, use de ce qu’on appelle aujourd’hui « la docu-fiction » pour s’interroger et nous interpeler non sans soulever quelques lièvres. Entre éthique et politique, Pie XII opte pour une politique et une raison d’état obnubilées par la peur du communisme au nom d’un occident chrétien à préserver à tout prix. C’est pourquoi au jeune prêtre qui l’adjure de dénoncer l’extermination des juifs, il explique « La raison d’état interdit de clouer au pilori Monsieur Hitler comme un bandit ; Il doit rester un interlocuteur possible, nous n’avons pas le choix », et de préciser un peu plus tard le fond de sa pensée, « On ne doit pas jouer l’Europe entière à quitte ou double et faire de Staline le successeur d’Hitler ».

Dans son adaptation comme dans sa mise en scène, Jean-Paul Tribout a judicieusement opté pour l’extrême simplicité et la clarté. A l’opposé des fastes pontificaux de « Amen », le film de Costa Gavras tiré de la même pièce, la proposition quasi janséniste de Jean-Paul Tribout, qui s’en remet entièrement au jeu des comédiens, laisse entendre toutes les nuances des positions comme les antagonismes à l’œuvre dans la pièce, offrant ainsi au spectateur de multiples voies de réflexions. Emmanuel Dechartre campe en finesse un Pie XII cousin germain de Talleyrand tandis que Claude Aufaure, en cardinal de la Curie, donne toute sa véridique saveur à l’onctuosité cardinalice. Mais il serait injuste de ne pas saluer l’ensemble des acteurs, car tous sont parfaitement ajustés à leurs rôles et à l’esprit du spectacle. Un de ceux-là grâce auxquels on se dit que, décidément, le théâtre est un art indispensable.

Le Vicaire de Rolf Hochhuth. Mise en scène Jean-Paul Tribout avec Claude Aufaure, Mathieu Bisson, Emmanuel Dechartre, Eric Herson-Marcadet, Laurent Richerd, Xavier Simonin, Jean-Paul Tribout. 1h 40
Théâtre 14 jusqu’au 31 décembre tel 01 45 45 49 77.

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