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Critiques / Danse

« Le Songe d’une nuit d’été » de Balanchine

par Yves Bourgade

La nostalgie de Petipa

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Le spectacle de la chorégraphie du « Songe d’une nuit d’été » signée en 1962 à New York par le transfuge russe George Balanchine et que Ballet de l’Opéra de Paris inscrit à son répertoire dans une nouvelle production, fait immanquablement penser à Marius Petipa.
Rien d’étonnant à cela, Balanchine passé à la postérité pour ses ballets abstraits fut au départ un pur produit de l’Ecole impériale russe de Saint-Pétersbourg où il intégra en 1921 la troupe de danse du Théâtre Mariinski, avant son exil en Occident.
Dès 1876, Petipa avait chorégraphié pour cette compagnie, sur la musique de Mendelssohn, la pièce de Shakespeare « Le songe d’une nuit d’été » et Balanchine (né en 1904) avait dansé un elfe dans ce ballet, avant la Révolution bolchévique.
Le chorégraphe admirait beaucoup son aîné et on retrouve dans ce « Songe » ce que ce dernier cultivait : l’alternance de pantomimes (pour les scènes avec les artisans et les interventions du malicieux Puck dans le cas du « Songe ») et de danses pures (abondantes pour évoquer notamment le monde surnaturel d’Obéron et Titania avec fées, papillons et pour les festivités finales des mariages de Thésée et d’Hippolyte et des deux jeunes couples réconciliés). Le corps de ballet féminin y est beaucoup sollicité et les variations virtuoses abondent : pas de deux, de trois et de quatre.
Balanchine utilise, pour accompagnement musical, principalement symphonique, avec deux brèves interventions du choeur, la musique de scène écrite en 1843 par Mendelssohn pour la représentation de la pièce, ainsi que l’ouverture composée dès 1826 et d’autres emprunts à la production du compositeur.
Son ballet comporte deux actes : un premier où est concentrée l’action qui se déroule dans un bois enchanté et un deuxième acte plus court qui est un divertissement festif et raffiné lequel met en valeur l’élégance et la virtuosité des interprètes.
Balanchine n’a pas craint de modifier la pièce de Shakespeare. Il gomme les côtés sombres de cette comédie et des batailles entre les sexes. Ce qui l’intéresse, c’est le passage du désordre relationnel des couples à l’harmonie conjugale, les femmes restant toujours privilégiées, les danseuses étant de ce fait à l’honneur.
Avec la bénédiction du Trust George Balanchine qui veille sur les normes d’exécution des chorégraphies de cet artiste, Christian Lacroix a signé les costumes et les décors de la nouvelle production parisienne d’après les maquettes originales de Barbara Karinska. Le résultat est un mélange de styles. D’aucuns trouveront l’ensemble surchargé, les drapés exagérés, trop brillants, les tissus trop variées, les couleurs parfois criardes. D’autres goûteront au contraire cette luxuriance, son onirisme qui n’ont rien à voir avec la version que donne l’Américain John Neumeier du « Songe », au répertoire de l’Opéra de Paris et marquée par « l’érotisme freudien ».
En fait ces deux approches de cette œuvre dansée sont d’esthétiques différentes et il serait intéressant de les programmer en alternance.
Chaque soir les distributions sont différentes dans les parties solistes. A noter la présence de la nouvelle étoile du ballet récemment nommée, Hugo Marchand qui dansera Obéron les 17, 18 et 23 mars.. Le rôle réclame notamment l’interprétation de courts solos qui demandent une virtuosité exceptionnelle des jambes. Danseur d’élévation Hugo Marchand devrait y faire merveille après avoir triomphé dans « La Sylphide » dans le rôle de James.

Opéra Bastille, 17, 18, 23, 24, 27 et 29 mars 19h30, 21 mars 20h30, durée 2h, places de 5 à 140€.

Photo Agathe Poupeney

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