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Critiques / Théâtre

Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare

par Gilles Costaz

Une fête païenne

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Non, ce n’est pas la féerie à laquelle nous sommes habitués ! Muriel Mayette surprend en fuyant le charme, la beauté bucolique qui nimbent Le Songe d’une nuit d’été. Dans ce registre-là, on gardera de lointains ou proches souvenirs de ravissement (Peter Brook, Omar Porras, Gilles Bouillon, Christophe Lidon…). Mais la soirée de la Comédie-Française a d’autres vertus et d’autres plaisirs. Ne se gênant pas pour reprendre la traduction de François-Victor Hugo, souvent jugée comme désuète mais finalement très agréable à l’oreille (les comédiens la pimentent d’expressions d’aujourd’hui, pour s’amuser encore davantage), l’administratrice du Français joue franc jeu : voilà une vraie comédie, souvent une farce, et la partie sylvestre – là où Titiana, Obéron, Puck et les lutins se mêlent à la vie des humains et inversent les données des amours en présence, jusqu’à ce que les amants changent de partenaire et que Titiana tombe amoureuse d’un âne – un moment plus animal, plus cru et brutal que songeur et philosophique. Il n’y a même pas un arbre dans un décor de Didier Monfajon totalement étranger aux sous-bois : devant une arrière-scène immaculée tombent des colonnes de tissu blanc qui font penser aux colonnades d’Athènes (où, d’ailleurs, Shakespeare a situé une partie de sa pièce).

On peut regretter ce refus d’une poésie champêtre, moins aimer les costumes et la gestuelle de tous les lutins (ils ont l’apparence gros insectes sexués !). Mais le climat est autre, tout de suite donné par l’arrivée des comédiens dans la salle : Michel Vuillermoz, dans le rôle de Thésée, a le verbe haut et massacreur, Julie Sicard joue les premières dames séductrices et condescendantes. Le spectacle quitte la salle pour monter sur la scène, mais il redescendra parfois dans les premiers rangs de l’orchestre ! Il est d’une fantaisie à la fois chic et populaire, occupant l’espace dans de grands mouvements incessants. Les acteurs qui jouent les comédiens maladroits venant représenter « Pyrame et Thisbée » (Stéphane Varupenne, Jérémy Lopez, Pierre Hancisse) sont dans d’étranges costumes crème, mais qu’ils sont drôles ! Qu’ils soient vêtus de pantalons à bretelles ou de guêpières, Martine Chevallier, Adeline d’Hermy, Suliane Brahim, Sébastien Poudéroux et Laurent Lafitte jouent sur d’autres ressorts, blagueurs mais pleins d’émotions, de séduction ou d’arrière-plans. Christian Hecq (Obéron) et Louis Arene (Puck) sont d’une bouffonnerie singulière. Muriel Mayette a conçu une fête païenne hétéroclite qui emporte dans sa vitesse et ses éclats de rire. Elle casse le rêve élégant qu’est, pour beaucoup, le Songe d’une nuit d’été . Mais sa vision est menée dans un style vif et selon une analyse cohérente. Que raconte Shakespeare ? Qu’il suffit de changer un détail pour que la passion qu’on croit profonde et définitive file s’enflammer ailleurs. Il y a effectivement de quoi rire. Et c’est ce rire démolisseur que procure ce turbulent et truculent spectacle.

Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, traduction de François-Victor Hugo, mise en scène de Muriel Mayette, scénographie de Didier Monfajon, costumes de Sylvie Lombart, musique de Cyril Giroux, lumières de Pascal Noël, dramaturgie de Laurent Muhleisen, maquillages de Carole Anquetil, avec Martine Chevallier, Michel Vuillermoz, Julie Sicard, Christan Hecq, Stéphane Varupenne, Suliane Brahim, Jérémy Lopez, Adeline d’Hermy, Elliot Jenicot, Laurent Lafitte, Louis Arene, Benjamin Lavernhe, Pierre Hancisse, Sébastien Poudéroux et les élèves-comédiens de la Comédie-Française : Heidi-Eva Clavier, Lola Felouzis, Matëj Hofmann, Paul Mc Aleer, Pauline Tricot, Gabriel Tur.

Comédie-Française, salle Richelieu, tél. : 08 25 10 16 80. En alternance jusqu’au 15 juin. (Durée : 2 h 20).

Photo Christophe Raynaud de Lage

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