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Critiques / Théâtre

Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare

par Gilles Costaz

Noir noctambulisme

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Le Songe d’une nuit d’été est une comédie orchestrale où, sous l’apparence de la féerie, s’additionnent tant de cordes sensibles qu’il faut choisir parmi cette belle richesse d’émotions. Soirée de pur enchantement, nuit sexuelle, confrontation de la réalité et de l’imaginaire, mise à l’épreuve des rôles sociaux, plaidoyer pour les jeunes amoureux, débat sur l’illusion et sur le jeu théâtral ? Lisa Wurmser, avec sa compagnie de la Véranda, choisit une certaine dureté. Au lieu d’arrondir les angles, elle les aiguise. Pas de douceur sylvestre, mais une nuit inquiétante que vient néanmoins égayer la fantaisie du cirque et du music-hall. Un acrobate arrive d’on ne sait où, debout sur le ballon que ses jambes font tourner. La façade piquetée d’ampoules à la lumière jaune est une loge, un théâtre, un cirque, un havre dans l’obscurité. Les acteurs passent ou s’immobilisent, parfois vêtus de longs manteaux noirs : noctambules et somnambules. Là où on attendait une musique champêtre, une guitare électrique propulse un rock éruptif ; et c’est Puck qui est à la guitare, le malin génie Puck qui manipule les humains et, ici, les sons (son interprète, Laurent Petitgand, est bien doué côté jeu et côté grattage de cordes). Oh ! Cette nuit est bien noire, dure, grave. Les femmes y ont de longues jambes dans leurs robes de fête mais l’accord final, après tant de malentendus, arrivera comme au terme d’un difficile accouchement. La vie et l’amour à Athènes renaîtront, mais sans effacer le bouleversement douloureux vécu par les hommes et par les êtres surnaturels.
Sans doute ne trouve-t-on pas dans la vision de Lisa Wurmser autant de charme que dans d’autres mises en scène (on pense, par exemple, à la merveille qu’est le spectacle de Guy-Pierre Couleau, créé l’été dernier à Bussang). Ici, tout est plus âpre mais emporté par un style compact, ramassé, collectif, et une métamorphose permanente des comédiens. Les scènes où intervient la troupe d’acteurs imbéciles et maladroits ne sont pas les plus drôles qu’on ait faites dans ce registre mais elles ont une vérité sociale qui imprègne l’ensemble de la soirée (car on ne sait pas très bien si l’on est au XVIe ou au XXIe siècle). L’utilisation de l’anglais dans les chansons (le texte, lui, vient de l’excellente traduction de Déprats) participent aussi à cette volonté d’échapper à des clichés ou, du moins, des traditions trop françaises. John Arnold, qui joue Thésée et Obéron, est très à l’aise dans ce retour à un esprit britannique. Flore Lefebvre des Noëttes, Jade Fortineau, Marie Micla, Yoanna Marilleaud, Christian Lucas sont des acteurs d’une vivacité et d’une précision parfaites. C’est un songe où l’on rêve moins que d’habitude. Un songe qui se nourrit plus de la nuit que de l’été, et qui vous enveloppe comme une écharpe dont on sent à la fois la douce chaleur et le tricot rugueux.

Le Songe d’une nuit d’été


 de William Shakespeare texte français Jean-Michel Déprats 
mise en scène Lisa Wurmser
 scénographie Sophie Jacob, lumières Philippe Sazerat, costumes Megumi Carré et Thibaut Becheri, Marie Pawlotsky, musique Laurent Petitgrand, marionnettes et masques Pascale Blaison, chorégraphie Gilles Nicolas, inventions mécaniques Olivier De Logivière, magie Abdul Alafrez, collaboration artistique Stéphane Mercoyrol, habilleuses Amélie Hagnerel et Emilie Chesnier, maquillages Mityl Brimeur.

avec
John Arnold
Jade Fortineau
Léo Grange
Adil Laboudi
Flore Lefebvre des Noëttes
Christian Lucas
Marie Micla
Yoanna Marilleaud
Gilles Nicolas
Laurent Petitgand

Théâtre de la Tempête, cartoucherie de Vincennes, tél. : 01 43 28 36 36, jusqu’au 2 avril. (Durée : 2 h 05).

Photo Laurencine Lot.

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