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Critiques / Théâtre

Le Serment d’Hippocrate

par Gilles Costaz

"Knock" multiplié par deux

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Louis Calaferte n’y allait pas de main morte quand il écrivait pour le théâtre. Il est l’auteur d’un certain nombre de comédies, ou de farces, énormes qui sont peu jouées mais qui restent pleinement réjouissantes. Patrick Pelloquet, qui est à la tête du Théâtre régional des pays de Loire, est l’un des rares metteurs en scène à s’y intéresser. C’est presqu’une création que sa production du Serment d’Hippocrate, déjà donnée dans les Pays de Loire et au festival d’Avignon. La pièce n’avait pas été représentée, semble-t-il, dans le circuit professionnel. Elle a pour héros une famille petite-bourgeoise aux cerveaux tant soit peu innocents. Il n’y a plus d’enfants, il n’y a que des gens âgés, et notamment celle qu’on appelle « bon maman » et qui est venue habiter chez sa fille et son gendre. Dès la première scènee, cette brave aïeule a le malheur de tomber en marchant dans la salle à manger. On la retrouve à terre. Tout le monde décide qu’elle a eu une syncope. On appelle un médecin qui, après un examen rapide, décrète que tout vient de l’intestin. Tout semble réglé quand au premier docteur succède un deuxième toubib dont l’analyse n’est pas du tout la même.
Il y a eu les médecins pontifiants de Molière, dont on rit de loin car ils appartiennent à une image ancestrale. Il y a eu l’impitoyable Knock, le docteur imaginé par Jules Romains, qui nous glace toujours, parce qu’il est proche des généralistes qui s’occupent de nous. Il y a donc aussi, et nous ne le savions pas, les redoutables Blondeau, les protagonistes de ce Serment d’Hippocrate qui multiplie Knock par deux. Ce sont deux champions de la médecine qui sont en scène et nous terrorisent gaiment. Incompétents hilarants, ils soigneront frénétiquement le patient pour mieux accélérer sa mort. La médecine ne mérite sans doute pas une descente en flammes aussi féroce, mais, dans ce tableau à charge qui s’en prend aux dynasties de praticiens et aux spécialistes obsédés par leur spécialisation, les serviteurs du serment d’Hippocrate et les petites gens n’en sont pas moins d’une vérité qui met en joie. Yvette Poirier incarne la vieille dame avec des reptations et tout un jeu le plus souvent silencieux dignes des plus grands burlesques. Pierre Gondard et Georges Richardeau jouent parfaitement, et sur des notes différentes, le caractère péremptoire de ces tyrans de l’ordonnance. Gérard Darman, Patrick Pelloquet et Christine Peyrens détaillent finement la petitesse des êtres réduits à une attachante banalité. Pelloquet, à la mise en scène, règle à la perfection les tergiversations et les accélérations dans un décor beau comme un calendrier des postes. Contre la tristesse ambiante, un traitement à coup de Calaferte-Pelloquet est le meilleur des remèdes.

Le Serment d’Hippocrate de Louis Calaferte, mise en scène : Patrick Pelloquet, assistante à la mise en scène : Hélène Gay, Scénographie : Sandrine Pelloquet, Costumes : Anne-Claire Ricordeau Lumière : Emmanuel Drouot,
Maquillage : Carole Anquetil. Avec :
Gérard Darman : Papa,
Pierre Gondard : Docteur Blondeau père, Patrick Pelloquet : Lucien,
Christine Peyssens : Madeleine
Yvette Poirier : Bon maman,
Georges Richardeau : Docteur Blondeau fils. Production : Théâtre Régional des Pays de la Loire. Le théâtre de Louis Calaferte est édité aux Editions Hesse.

Théâtre 14, tél. : 01 45 45 49 77, jusqu’au 22 avril. (Durée : 1 h 25).

Photo Laurencine Lot.

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