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Critiques / Danse

Le San Francisco Ballet au Châtelet

par Yves Bourgade

Une compagnie dépositaire de la danse de Balanchine

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Alors qu’à Paris, la danse déserte pratiquement à partir de la mi-juillet tous les lieux qui l’accueillent habituellement, elle trouve refuge au Châtelet avec la venue en vedette du « San Francisco Ballet » (SFB), compagnie américaine réputée de danse classique, dans le cadre des Étés de la Danse .

Cette dernière manifestation fête en cette année 2014 le dixième anniversaire de sa création par Valéry Colin, un « ancien » du Ballet de l’Opéra de Paris, avec le soutien de la Mairie de Paris comme principal partenaire institutionnel.
Le SFB avait été en 2005 la première troupe de danse invitée et à ce jour Les Etés de la danse ont accueilli quelque 410.000 spectateurs depuis leur lancement.
Ce rendez-vous estival parisien s’est d’abord déroulé en plein air dans une des cours des Archives nationales, puis sous la verrière du Grand Palais, et depuis 2009 au Châtelet, théâtre riche du souvenir des Ballets russes de Diaghilev.

Dix huit représentations sont proposées jusqu’au 26 juillet. Le programme est différent chaque soir, la compagnie ayant emmené dans ses bagages dix huit chorégraphies dont neuf récentes signées principalement Helgi Tomasson, Christopher Wheeldon, Edwaard Liang, Yuri Possokhov, Alexei Ratmansky, Liam Scarlett n’ont jamais été vues à Paris. A côté de ces chorégraphes mal connus en France, sont programmées des pièces de confrères à la carrière déjà internationale Hans Van Manen, Mark Morris et de deux grands aînés déjà dans la légende de la danse du XXème siècle, George Balanchine (1904-1983) et Jerome Robbins (1918-1988).
Si le SFB est rompu à des styles différents, généralement d’obédience néo-classique mais perméable aux apports contemporains, il est la compagnie des Etats-Unis, après le New York City Ballet, à posséder le plus de chorégraphies du russo-américain George Balanchine à son répertoire.

De ce dernier, le SFB a entre autres choisi de danser Les Quatre Tempéraments sur la musique de Paul Hindemith. Avec ces « variations expressives » de 1948, Balanchine débarrasse de ses aspects décoratifs la technique de son héritage russe, pour un style épuré, abstrait en noir et blanc avec des pas, des positions des jambes, des hanches et des bras, totalement nouveaux. Un style déroutant pour 1948, mais désormais familier et que le SFB interprète avec une tonicité et une élasticité communicatives et originales

De Balanchine, la troupe californienne présente aussi Agon pour douze danseurs, en douze séquences sur une musique dodécaphonique de Stravinsky et Allegro brillante (musique du 3ème concerto de piano de Tchaïkovski) d’un « romantisme russe exacerbé » selon une de ses solistes créatrices en 1946.

On ne s’étonnera pas de ce choix de Balanchine lorsqu’on saura que le directeur artistique et chorégraphe principal depuis 1985 du SFB, est l’Islandais Helgi Tomasson, 72 ans. De 1970 à 1985 il fut « principal dancer » du New York City Ballet de Balanchine dont le bras droit l’Américain Jerome Robbins l’avait repéré et dirigé vers l’école de l’American Ballet de New York, ce qui lui permit d’être d’abord engagé au Joffrey Ballet puis au Harkness Ballet.

Le recrutement des danseurs par Helgi Tomasson, qui dirige également l’Ecole du SFB témoigne d’une ouverture sur le monde, d’une sensibilité à ce que peut apporter de spécifique chaque soliste. Ainsi par exemple sur les dix huit « principal dancers » (équivalents de nos étoiles), deux seulement sont américains. Au total onze autres pays sont représentés parmi les « principal dancers », dont la France avec trois danseurs, Mathilde Froustey, qui a été sujet du Ballet de l’Opéra de Paris et a été engagé à San Francisco à la rentrée 2013, Pascal Molat formé à l’Ecole de Danse de l’Opéra de Paris et Sofiane Sylve, engagés respectivement en 2002 et 2007 et promus en 2003 et 2008.

Le public français retrouvera avec curiosité un autre « principal dancer », le Cubain Joan Boada, qui avait été remarqué pour sa fougue lors de son passage au Jeune Ballet de France et qui a rejoint en 1999 le SFB en tant que « principal dancer ».
Pour cette nouvelle édition des Etés de la danse, l’Orchestre Prométhée est depuis le 10 juillet dans la fosse du Châtelet dirigé par le chef d’orchestre et directeur musical du SFB Marin West.

Ce festival 2014, c’est aussi dans son sillage, un stage international autour du répertoire du SFB, sous la direction de l’ancienne étoile de l’Opéra de Paris Monique Loudières, des cours publics au Châtelet les 12, 19 et 26 juillet à 12H30, un festival de films de danse au Cinéma Le Balzac à Paris du 15 au 24 juillet.

Châtelet jusqu’au 26 juillet : réservation au 01 40 28 28 40 places de 15 à 80 €, tarif « cours en public »10 euros

photos Glass-pieces c/ Erik Thomasson, et "Les quatre tempéraments"

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