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Critiques / Danse

Le "Sacre" de Gallotta

par Yves Bourgade

Danse et musique abreuvées à la même source

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Il y a 102 ans à Paris, au Théâtre des Champs Elysées, Le Sacre du Printemps ouvrait une nouvelle ère, pour ce qui est de la musique signée Igor Stravinsky et de la danse imaginée par Vaslav Nijinsky.
Ce rituel primitif russe, pendant le XXème siècle et encore de nos jours, a figuré et figure régulièrement aux programmes des concerts des orchestres symphoniques. La chorégraphie initiale, en revanche, est curieusement tombée dans l’oubli jusqu’à sa reconstitution, avec les décors de Nicolas Roerich en 1987, par le Joffrey Ballet à Los Angeles, suivie par son entrée en 1991 au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris. Peut-être trop révolutionnaire Nijinsky ?

La seule partition au caractère tellurique a cependant suscité de multiples chorégraphies : de Léonide Massine en 1930 à plus près de nous Jean-Claude Gallotta en 2011, qui reprend sa version ce printemps, en tournée avec son Centre chorégraphique national (CCN) de Grenoble. En 1959, Maurice Béjart marquait un grand coup avec son Sacre. John Neumeier en 1972, Glen Tetley en 1974, Pina Bausch en 1975 et Mats Ek et Martha Graham en 1984, se confrontaient à leur tour à ce monument de façon marquante.
Né en 1950, Jean-Claude Gallotta a abordé Le Sacre après avoir donné libre cours à ses rêveries chorégraphiques et inventé un univers poétique aux images marquantes. Chorégraphe apparu en France dans les années 70 et 80 avec la vague de la « jeune danse française », il reste en entrant dans la soixantaine particulièrement inventif, découvrant d’autres horizons, se livrant à un jeu plus formel sur les grandes légendes (Roméo et Juliette , Don Juan, etc).

Son Sacre est interprété par un groupe de treize danseurs (sept hommes et six femmes en chaussons de cuir noir, certains seulement en slip et en soutien-gorge pour les filles) dont les corps vibrent collectivement sur la musique de Stravinsky et occupent la totalité du plateau en largeur et en profondeur, par des rebonds, des pirouettes, des portés et d’amples mouvements des bras. Danse et musique sont en quelque sorte abreuvées à la même source. C’est toujours une cérémonie païenne, mais sans anecdote, sans intrigue, plus du tout russe. Il n’y a pas d’« élue » unique (glorifiée puis sacrifiée) : toutes les danseuses sont tour à tour « élues », ou du moins « éligibles ».

Le décor de Jeanne Dard suggère une salle de classe d’école maternelle pour rappeler la première découverte par le chorégraphe alors garçonnet introverti, grâce à un professeur mélomane, de la partition sur un vieux tourne-disque.
Ce Sacre est précédé de deux courtes pièces : Tumulte (un prélude silencieux à l’énergie tellurique de la musique de Stravinsky) et Pour Igor, un solo signé Strigall pour la musique, en hommage au compositeur russe, dansé par Cécile Renard, vêtue de noir et cheveux rouge.

Il faut se presser d’aller voir le CCN de Grenoble dans son état actuel, car Jean-Claude-Gallotta est invité par la Ministère de la Culture à quitter son poste directorial à l’approche de 65 ans. En 1980, il est arrivé avec son Groupe Emile Dubois à Grenoble à la Maison de la Culture (MC2) qu’il dirigea de 1986 à 1990, avec statut de CCN dès 1984 pour sa compagnie. Actuellement le chorégraphe prépare une version dansée pour trois interprètes de L’Etranger d’Albert Camus. La « tribu » de danseurs de Jean-Claude Gallotta tourne par ailleurs en France avec deux pièces fétiches de leur répertoire Yvan Vaffan et une version pour jeune public de L’enfance de Mammame.
Le Sacre du printemps, en avril Charleville-Mézières le 16, Aix-en-Provence les 24 et 25, le 7 mai à Angers.
L’Etranger, du 9 au 20 juin à la MC2 de Grenoble.
Yvan Vaffan, le 5 mai à Angers.
L’enfance de Mammame, en mai à Alès le 12, à Lyon du 19 au 21, à Lens les 28 et 29.

Photos "Le Sacre" ©Guy Delahaye

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