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Critiques / Théâtre

Le Roi Lear de Shakespeare

par Gilles Costaz

Un nabab des année 20

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A chacun son Shakespeare, mais la tendance est à moderniser Le Roi Lear. Après Olivier Py qui voulait en faire le symbole de la violence guerrière des XXe et XXIe siècle, Jean-Luc Revol transpose en 1929 l’histoire du roi imprudent qui donne son royaume à ses deux filles flagorneuses et en prive sa fille sincère. 1929, c’est l’année du grand krach financier. Le monde s’effondre, et Lear se fait dévorer par la fureur cruelle que provoquent les échecs financiers. L’actualisation se passe précisément dans le monde du cinéma puisque Revol fait de Lear un nabab du septième art. Du moins Revol l’a-t-il déclaré dans ses textes sur le spectacle, car, au bout du compte, les allusions au cinéma sont très rares. On aperçoit de temps à autre quelques projecteurs. Mais ou la pièce a résisté au metteur en scène, ou celui-ci a changé d’avis en cours de travail. C’est plutôt un tableau des années 20 qu’il nous trace, une atmosphère de roman noir, avec femmes en robe pour le charleston et hommes en gabardine avec chapeau de marlou. L’action se développe à l’extérieur, dans la lande qui est, elle aussi, transposée et transformée en montagne : dans un climat neigeux erre Lear qui a perdu la raison et a l’allure d’un berger idiot couronné de fleurs.
Michel Aumont endosse ce rôle écrasant en plusieurs temps. Il est d’abord placide, fermé, puis il monte dans les degrés de la colère. C’est là qu’il est le plus étonnant. Jean-Paul Farré interprète Gloucester, et c’est très surprenant : ce comédien fantaisiste donne beaucoup de clarté au rôle et sait être tragique (tout sanglant) en épousant pleinement la transformation de son personnage. Eric Verdin, Bruno Abraham-Kremer, Marianne Basler, Arnaud Denis, Anne Bouvier emplissent de tonalités sombres ce Shakespeare devenu un feuilleton passant d’une atmosphère à une autre. Denis d’Arcangelo, lui, est un peu à côté de la plaque dans le rôle du bouffon mué en aviateur blagueur et hagard. Il y a trois ans, Jean-Luc Revol avait déjà affronté Shakespeare en montant Hamlet aux Fête nocturnes de Grignan : il n’en avait gardé que les ressorts romanesques. Sa vision du Roi Lear a plus de profondeur, tout en étant plus joueuse, plus facétieuse que l’est le texte original.

Le Roi Lear de Shakespeare, adaptation et mise en scène de Jean-Luc Revol, décors de Sophie Jacob, costumes de Pascale Bordet, lumières de Bertrand Couderc, son et musique de Bernard Vallery, avec Michel Aumont, Bruno Abraham-Kremer, Marianne Basler, Agathe Bonitzer, Anne Bouvier, Olivier Breitman, Frédéric Chevaux, Denis d’Arcangelo, Arnaud Denis, Jean-Paul Farré, Nicolas Gaspar, Eric Guého, Martin Guillaud, José-Antonio Ferreira, Eric Verdin.

Théâtre de la Madeleine, 20 h, tél : 01 42 65 07 09. (Durée : 2 h 45).

Photo Christophe Vootz

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