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Le Paris de Nerval de Christian Wasselin

par Gilles Costaz

Le poète, les théâtres et les actrices

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Notre ami Christian Wasselin publie Le Paris de Nerval qui traque et retrouve la capitale telle qu’elle était entre 1820 et 1850 environ, telle qu’elle était surtout dans l’esprit, le regard, les mots et la vie quotidienne du poète des Filles du feu. En fait, dans ce petit ouvrage, il y a au moins deux livres : la chronique d’une vie d’écrivain dans ces années-là et le récit du destin de Nerval, qui s’approprie la nuit de Paris d’une façon de plus en plus personnelle et de plus en plus folle. On sait qu’il sera soigné pour troubles mentaux et qu’il se donnera la mort en se pendant à une grille d’une rue de la Vieille-Lanterne (près de l’actuelle place du Châtelet, là où se trouve le Théâtre de la Ville), à peine âgé de 47 ans. Cette étude nous intéresse particulièrement parce qu’elle tourne souvent autour du théâtre et parce que, selon Wasselin, Paris était une scène pour Nerval : « Plus qu’un théâtre vivant, Paris est pour lui un empilement de scènes, un trompe-l’oeil en relief, un rideau qui ouvre sur un autre rideau, lequel en cache un troisième, etc. »
Paris a alors des théâtres par dizaines, souvent collés l’un contre l’autre, dans une concurrence permanente. Nerval va rêver devant leurs façades et leurs spectacles, regarde les actrices d’un œil extatique. Il est fou d’une comédienne alors assez connue, Jenny Colon, mais, s’il est séduit par les divas à en perdre le sommeil, il ne franchit pas la porte des loges. Il préfère voir ces vénus comme des prêtresses et
mettre Jenny dans ses vers. Il n’en crée pas moins un journal, à une époque où tout le monde crée des journaux : Le Monde dramatique, pour, entre autres, célébrer la beauté de celles qui paraissent dans les lumières artificelles. Le journal fait faillite. Nerval est repris par Le Figaro puis par d’autres titres, pas exactement comme critique, plutôt comme feuilletoniste : journaliste de second rôle, il doit écrire sur les coulisses, les anecdotes, les potins. Il proclame plus rarement ses points de vue, que son ami Théophile Gautier avec qui il a fait la bataille d’Hernani. Pour Wasselin,
« Gérard se disperse, c’est un fait. Il court les théâtres, il se multiplie dans les journaux, il joue à la fois au critique et à l’auteur, ce qui n’est pas toujours bien accepté, il dilue son talent dans des collaborations mercernaires où l’on perd sa trace, de même qu’on perd sa trace lorsqu’on essaie de dresser la liste de ses domiciles. »
Comme auteur, il aura quand même traduit le Faust de Goethe et écrit quelques pièces de théâtre, souvent en collaboration (Dumas, sans gêne, signa seul l’un des textes qu’ils firent à deux). Léo Burckart, rédigé en solitaire, n’est pas totalement oubliée : Jean-Pierre Vincent fit une mise en scène de ce beau mélodrame à la Comédie-Française en 1996.
Christian Wasselin semble tout savoir. Il dépeint les cafés, les cercles fermés, les petits mondes des poètes, des musiciens et des théâtreux, à petites touches de graveur. Il se souvient que Gainsbourg composa Le Rock de Nerval en mettant en musique des paroles écrites par Nerval et Dumas pour l’opéra-comique Piquillo et il s’interroge sur cette phrase mystérieuse dans Sylvie : « Aimer une religieuse sous la forme d’une actrice... Et si c’était la même ? » Qu’on cherche les fantômes de Paris ou le spectre de Nerval, la course-poursuite contre l’effacement du passé menée par Wasselin vaut qu’on lui emboîte le pas. Souvent, les images cessent d’être tremblées et l’on est de plain pied dans le XIXe siècle, première moitié.

Le Paris de Nerval de Christian Wassselin. Editions Alexandrine, collection « Le Paris des écrivains », 126 pages, 9,90 euros.

Photo Nadar, collection BNF, Gallica.

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