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Critiques / Opéra & Classique

Le Palais royal joue les héros

par Christian Wasselin

Sur le thème « Le temps des héros », Jean-Philippe Sarcos dirige l’orchestre Le Palais royal dans la salle de l’ex-ancien Conservatoire.

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L’heure est aux nouvelles salles de concert, mais on ne saurait oublier que dans le neuvième arrondissement de Paris, non loin de l’église Saint-Eugène, se niche une salle historique, achevée en 1811, qui accueillit notamment en 1830 la création de la Symphonie fantastique de Berlioz. Son adresse : 2bis, rue du Conservatoire, c’est-à-dire dans le bâtiment de l’actuel Conservatoire d’art dramatique. Conservatoire d’art dramatique ? Oui, car le Conservatoire fondé en 1795, qui à l’époque formait comédiens et musiciens, fut scindé en 1911 ; alors la musique s’exila rue de Madrid (dans les actuels lieux du Conservatoire dit « à rayonnement régional » !) avant de s’installer, à la fin du XXe siècle, à La Villette.

Donner des concerts dans une salle aujourd’hui réservée aux étudiants du Conservatoire d’art dramatique est donc une initiative qui enchante, et on remercie l’orchestre Le Palais royal de nous y fixer rendez-vous. Celui du 8 avril a permis d’entendre quelques pages de Mozart mais surtout la Troisième Symphonie de Beethoven, qui fut exécutée pour la première fois en France dans cette salle, précisément, en 1828. Y avait-il à l’époque un plus grand nombre de musiciens que la trentaine réunie par Jean-Philippe Sarcos (six premiers violons, deux contrebasses, les vents par deux) ? Peut-être, mais là n’est pas la question. On sait en effet que le nombre n’est qu’un critère parmi d’autres ; des centaines d’exécutants ne produisent pas une impression frappante s’ils ne jouent pas ensemble ; a contrario, un orchestre réduit peut ménager des crescendos et des contrastes de dynamique inédits. L’important est l’adéquation de l’orchestre à la salle, la précision de chacun et l’articulation des plans sonores.

La musique a-t-elle un sens ?

Jean-Philippe Sarcos a choisi de faire de son Palais royal une formation jouant sur instruments anciens. Dans l’acoustique très sèche de la salle du Conservatoire, on goûte le son rugueux des violoncelles et des bassons, on entend le crin des archets, la matière des cors et des flûtes, et l’ensemble sonne avec une âpreté qui n’a rien à voir avec la rondeur un peu trop confortable des grands orchestres symphoniques. Mais pour que l’expérience soit convaincante, il faut qu’un seul élan porte les musiciens. A cet égard, Le Palais royal doit encore travailler pour aboutir à « cet ensemble nerveux, carré, compact » appelé de ses vœux par Berlioz. Il arrive que décalages et incertitudes d’attaque, surtout dans les cordes, brouillent l’image sonore. Si le finale de la Symphonie héroïque est pris avec une belle ardeur, la Marche funèbre, avec ses changements de rythme, d’humeur, de couleur, et son orchestration qui glisse d’un pupitre à l’autre, nécessite une tout autre concentration, une tout autre unanimité.

Et puis, quelle idée de projeter, sur un écran installé au-dessus de l’orchestre, des toiles représentant des héros (signées Rubens et quelques autres) ! Que diable, la musique n’illustre rien, elle n’est en rien la bande sonore d’on ne sait quel recueil d’images ! Déjà, la présentation de Jean-Philippe Sarcos, au début du concert, nous avait intrigué par sa volonté de considérer la Symphonie héroïque comme une préfiguration d’Une vie de héros de Richard Strauss, avec son déroulement narratif. Le décor pompéien de la salle non seulement aurait suffi, mais nous aurait comblé.

Mozart, héros gracieux

Mozart, donc, en seconde partie. La soprano Vannina Santoni avait choisi d’aborder quelques pages de Cosi fan tutte et des Noces de Figaro, ainsi que l’air de concert « No temer amato bene », qu’elle interprète avec un bel engagement et une louable sobriété dans l’expression. Petit coup de théâtre : l’orchestre entame un extrait de La Clémence de Titus, et voilà que tout à coup le chef se retourne vers le public, la lumière se fait, et les membres du Chœur de l’Académie de musique de Paris, disséminés dans la salle, se lèvent et entonnent avec vigueur « Che del ciel, che degli ».

Une soirée sympathique, donc. Mais on aimerait que Jean-Philippe Sarcos, qui mène par ailleurs des actions pédagogiques très louables (dont l’Académie de musique de Paris est l’un des outils), aille plus loin dans la rigueur de l’interprétation musicale.

illustration : Le Palais royal dans la salle du Conservatoire, quand il joue sans écran.

Beethoven : Symphonie n° 3 « Héroïque » - Mozart : extraits de Cosi fan tutte, Les Noces de Figaro et La Clémence de Titus, air de concert « No temer amato bene ». Vannina Santoni, soprano ; Le Palais royal, dir. Jean-Philippe Sarcos. Salle de l’ex-ancien Conservatoire, mercredi 8 avril 2015. Prochains concerts du Palais royal : airs et duos d’opéras de Haendel (à Rouen le 15 avril, à Nancy le 29 mai). Rens. 01 45 20 82 56.

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