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Critiques / Opéra & Classique

Le Nozze di Figaro de Wolfgang Amadeus Mozart

par Jaime Estapà i Argemí

Une mise en scène juste, intelligente, une réussite musicale

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C’est un vent de folie qui a soufflé ce jour-là chez le Comte Almaviva. Un vent qui a mis sens dessus dessous la maisonnée tout entière. A qui la faute ? A un certain Chérubin, le page, adolescent en mal d’amour charnel, qui cherche à profiter des failles des adultes afin de satisfaire ses désirs. De fil en aiguille, ses agissements provoquent un désordre total. Naissent au sein de la maison, suspicions, intrigues et autres comportements néfastes à la bonne entente future entre les personnages. A la fin de l’histoire, fatalement, tout sera à rebâtir.

Patrice Caurier et Moshe Leiser ont proposé une lecture nouvelle mais cependant tout à fait fidèle à Pierre Caron de Beaumarchais et à Mozart. Cela, grâce à un jeu d’acteurs très abouti, totalement original en regard de tout ce que nous avions pu voir jusqu’à présent. Mais ils se sont aussi fortement appuyés sur le décor afin d’illustrer la symbolique de l’histoire. Une telle réussite de la part de l’équipe Caurier-Leiser, égale (presque) son travail sur « Le Château de barbe Bleue » de Béla Bartók, vu, et revu, chez Angers Nantes Opéra, et nulle part ailleurs, hélas.

Un décor qui éclaire les origines et l’évolution de la folie de ce jour particulier.

A première vue, on ne trouve pas grand-chose à dire au sujet du décor mis en place à la levée du rideau : une grande pièce, plutôt vide, que Figaro mesure aux côtés de Suzanne sa fiancée. Mais, dès l’entrée de Chérubin, le page amoureux, des petites branches d’arbre, surprenantes, inattendues, commencent à percer les murs de la pièce. Le jardin envahit progressivement, à chaque intervention du page, l’espace intérieur de la maison tout au long des trois premiers actes. C’est le désir de Chérubin, ses maladresses, qui font irruption dans le monde des adultes, et qui rendent de plus en plus difficiles leurs relations. Ce désir et surtout ses conséquences, représentées par le décorateur-scénographe Christian Fenouillat sous la forme de branchages, vont envahir petit à petit la totalité du salon et le transformer peu à peu en un jardin obscur et épais. Les adultes, marchant de demi-vérité en mensonge total, finiront par s’y retrouver, ou mieux, par s’y perdre au dernier acte. Le jardin épais et obscur, fruit des actes spontanés, totalement irréfléchis du page, est l’image métaphorique proposée par Beaumarchais, où pataugent les personnages de son histoire, devenus incohérents et désagréables.

Les chanteurs s’en sont donnés à cœur joie, appuyés par un orchestre lucide.

Cette scénographie brillante et intelligente a magnifié la représentation toute entière. Représentation de premier ordre par ailleurs : belles voix, interprétations enthousiastes et convaincantes.
Hélène Guillemette, en Suzanne, la soubrette, est devenue le personnage central autour duquel gravitent pratiquement tous les autres. Mise très souvent au centre géométrique de la scène elle démontre qu’elle connait mieux que personne, à la fois la maisonnée et les choses de la vie. Vocalement impeccable, lors des récitatifs, dans les solos ou encore les morceaux chantés aux côtés des autres personnages, elle a chanté d’une voix uniforme sur tout le diapason ; expressive, percutante, elle a donné la réplique adéquate à chacun. Peter Kálmán nous a surpris tout d’abord par son physique de bûcheron totalement inhabituel pour le rôle de Figaro. Il a convaincu pourtant par sa force, sa masculinité, sa flexibilité face au Comte, même s’il finit par douter de sa femme à la fin de l’histoire. Andrè Schuen, bien que souffrant d’un mal de gorge aigu, s’est montré à la hauteur de la tâche. Il n’a pas évité les difficultés vocales du rôle qu’il a interprété avec courage et savoir-faire. On dira peut-être que la voix de Nicole Cabell est trop riche en harmoniques pour interpréter la Comtesse, et qu’elle est sans doute plus à même de revêtir les habits des héroïnes romantiques. Elle a tenu compte de cela et nous a livré une interprétation, certes peu habituelle, mais qui a montré une Comtesse très éloignée de la Rosine de ses jeunes années. Rosanne Van Sandwijk a joué avec conviction le rôle de Chérubin, que Patrice Caurier et Moshe Leiser ont particulièrement soigné du point de vue dramatique. Vocalement non seulement elle a fait un sans-faute lors de ses deux morceaux de bravoure, attendus par le public, mais elle a donné les répliques aux chanteurs sur scène avec autorité et bonne connaissance du rôle. Le reste de la distribution a été à la hauteur du pari proposé par les metteurs en scène, que ce soit vocalement ou dramatiquement. Le chœur, bien préparé par Xavier Ribes, a offert quelques brefs moments de grâce et de lyrisme.

Le Maestro Marc Shanahan a travaillé souvent avec l’équipe Caurier-Leiser. Il est donc en totale adéquation avec le travail des deux artistes et avec l’orientation qu’ils veulent lui donner. Cela lui aura permis d’offrir une interprétation, certes fidèle à la partition et obtenant le meilleur de ses musiciens, mais aussi orientée vers le but fixé, à savoir, rehausser le rôle de Chérubin, tout en laissant au centre du récit –musicalement et dramatiquement- le personnage de Suzanne.

Nantes Théâtre Graslin les 6, 8, 10 12 et 14 mars 2017
Angers Grand Théâtre les 5, 7 et 9 avril 2017

www.angers-nantes-opera.com
Nantes Théâtre Graslin : tél. 02 40 69 77 18
Angers le Quai : tél. 02 41 22 20 20

Photos : Jef Rabillon

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