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Critiques / Théâtre

Le Misanthrope de Molière

par Gilles Costaz

Le XVIIe siècle en quelques signes

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Au TNP de Villeurbanne, Christian Schiaretti – qui a souffert de l’indifférence des aînés quand il était jeune - a généreusement constitué un « Cercle de formation et de transmission » qui réunit quatre jeunes metteurs en scène destinés à faire des spectacles, à apprendre la vie du théâtre et faire part de leurs acquis tout autour d’eux. Ce Cercle comprend Julie Guichard, Baptiste Guiton, Maxime Mansion et Louise Vignaud. Cette dernière vient de présenter un Misanthrope qui justifie tous les espoirs placés en cette jeune femme metteur en scène. Dans un espace quadri-frontal, le décor est minimal : juste une double montée de marche vers un socle peu élevé. C’est dire l’audace du spectacle qui ne s’appuie par sur le décorum et l’apparat, met les acteurs en position d’équilibre et de déséquilibre. Les costumes ne sont pas vraiment des costumes d’époque : les hommes portent de courtes culottes bouffantes, qui réinterprètent le grand siècle ; les femmes de grandes jupes colorées sans pli. Et vogue la galère du grincheux qui se fâche avec les malins, les ambitieux, les vaniteux et ne décroche qu’à moitié l’amour d’une jeune femme, trop sensible aux divers hommages qu’elle reçoit et à sa propre image narcissique !
C’est mené rondement, nerveusement. Dans les premières scènes, les acteurs parlent puis bondissent. C’est si beau qu’on aimerait qu’ils le fassent davantage. Louise Vignaud ne touche pas au texte, mais se permet quelques déplacements de projecteur : les messages compromettants de Célimène ne sont pas lus par ceux qui les ont reçus, comme l’a écrit Molière, mais par Célimène elle-même (ce qui se discute, mais l’effet est original) ; à la fin, Célimène éclate de rire, montrant ainsi qu’elle n’a aucun remords et qu’elle a toujours mené le jeu. Toutes les idées ne semblent pas totalement exploitées, comme celle d’un personnage qui descend des cintres - et y remonte, de façon inexplicable - , ou bien comme cette bande-son grondante qui intervient de façon très espacée. Mais il y a, le plus souvent, un art de la mise en lumière, de la mise en gros plan, grâce à ce principe de l’interprétation dépouillée, ramassée, éclatante. En Alceste, Mickaël Pinelli fait preuve d’une force sensible très attachante. Des acteurs comme Clément Molinière, Olivier Borle, Pauline Coffre, Charlotte Ferrand, Ewen Crovella, se montrent à l’aise dans ce jeu qui exige autant de puissance que de sinuosité. Mais, pour Célimène, on regrette que Sophie Engel ne dépasse pas une certaine quotidienneté et n’atteigne pas à ce degré de royauté féminine, de supériorité enjouée où se situe le personnage. Il y a beaucoup de neuf dans cette soirée, un sens de la force de frappe élégante qui sont tout à fait séduisants. Louise Vignaud semble avoir voulu concentrer le XVIIe siècle en quelques signes : mission réussie.

Le Misanthrope de Molière, mise en scène de Louise Vignaud
dramaturgie Pauline Noblecourt
scénographie Irène Vignaud
costumes Cindy Lombardi
son Lola Etieve
lumières Luc Michel
assistanat à la mise en scène Hugo Roux
avec Olivier Borle, Joseph Bourillon, Pauline Coffre, Ewen Crovella, Sophie Engel, Charlotte Fermand, Clément Morinière, Sébastien Mortamet, Mickaël Pinelli.

TNP, Villeurbanne, tél. : 04 78 03 30 00, jusqu’au 15 février (durée : 1 h 50).

Photo Lorenzo Chiandotto.

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