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Critiques / Théâtre

Le Médecin malgré lui de Molière

par Gilles Costaz

Sganarelle chez les Russkoffs

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Les classiques donnés par le Grenier de Babouchka, généralement au théâtre Michel, sont d’une qualité très sûre. Les mises en scène sont toujours de Jean-Michel Daguerre. Mais voilà que, pour Le Médecin malgré lui, l’on change d’artiste. C’est Charlotte Matzneff qui se charge du spectacle et lui donne un tour particulier : la farce de Molière est transposée en Russie, dans une Russie folklorique, avec tuniques rouges brodées, chapkas en fourrure et balalaïkas aux cordes grattées dans la passion et la langueur ! Charlotte Matzneff a voulu retrouver un certain paradis de son enfance. C’est vrai que les contes se ressemblent d’un pays à l’autre. L’histoire d’un bûcheron qu’on fait passer pour un médecin et qui prend goût à ce jeu peut appartenir à toutes les nations. Sganarelle change donc, sans difficulté, de patrie, Charlotte Matzneff démultipliant son idée de départ grâce à un jeu sur les icônes et les poupées russes.
« Et voilà pourquoi votre fille est muette ! » Lucinde, comme chacun sait, fait semblant d’avoir perdu la parole pour contrarier les visées de son père. Sganarelle, lui, triche sur sa profession : il n’y a que des avantages, financiers et amoureux, à être pris pour un maître de la médecine. Ces malentendus soigneusement entretenus mènent loin ! Ils permettent à Molière de s’en prendre violemment, comme souvent, aux docteurs de son temps. Cet aspect pamphlétaire, Charlotte Matzneff le fait vibrer dans sa plénitude : le texte est à charge contre les mauvais toubibs ; rions sans prudence de ces charlatans ! L’on est d’ailleurs content de retrouver les longs chapeaux pointus de ces arrogants rois de la potion et du clystère – accessoires qui avaient à peu près disparu de nos scènes, au nom de la peur ridicule de reprendre des images trop classiques !
Ici, dans ce Sganarelle chez les Russkoffs, l’on ne craint de faire renaître la farce avec ses conventions et son art d’aller directement au but, comme dans une boxe foraine, sans détour. Tout en étant destiné au jeune public, tout en restant dans une élégance bariolée, ce Médecin malgré lui est assez sauvage et même discrètement sexuel. Les personnages sont affamés de plaisir, de bonheur et de réussite. Le jeu de Stéphane Dauch (parfait Sganarelle), Sylvie Cavé et Patrick Causse, pour ne citer qu’eux, est dru, enlevé, parfois brutal, enflammé. Bien des acteurs savent jouer d’un instrument chanter, danser ! La farce populaire, qui est aussi, sous ses allures rapides et ses dessins apparemment brossés à grands traits, faite d’intelligence et d’allusions à des choses tout à fait savantes, c’est bien cela : le rire dans son innocence, et pourtant aucunement innocent dans ses coups de bâton aux doctes, aux pontifiants et aux tyrans de ce bas monde !

Le Médecin malgré lui de Molière, mise en scène de Charlotte Matzneff, musiques d’Antonio Matias, costumes de Corinne Rossi, avec
Stéphane Dauch,
Sylvie Cavé,
Patrick Clausse, Geoffrey Callènes, Jeanne Chérèze, Agathe Sanchez, Théo Dussoulie, Emilien Fabrizio.

Théâtre Michel 38 rue des Mathurins 75008 Paris, aux heures des matinées scolaires, tél. : 01 42 65 35 02. (Durée : 1 h 25).

Photo Grégoire, Le Grenier de Babouchka.

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