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Critiques / Danse

Le Malandain Ballet au Théâtre de Chaillot

par Yves Bourgade

Nouvelle actualisation de Cendrillon

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Le personnage de Cendrillon et sa pantoufle de verre imaginés par Charles Perrault (1697) et les frères Grimm (1812), inspirent les chorégraphes d’autant plus qu’ils disposent d’une musique franche parfois grimaçante de Serge Prokofiev écrite spécialement pour la danse à la demande de la ballerine soviétique Galina Oulanova et achevée en 1944.

Ces dernières années, il y eut au moins trois incontestables réussites qui sont toujours beaucoup dansées. D’abord la Cendrillon de Maguy Marin créée en 1985 par le Ballet de l’Opéra de Lyon qui l’a présentée dans le monde plus de 400 fois, puis la version de 1986 signée Rudolf Noureev pour le Ballet de l’Opéra de Paris qui la reprend régulièrement et qui a été filmée pour un DVD. Il faut citer enfin la Cendrillon de Jean-Christophe Maillot pour ses Ballets de Monte-Carlo qui l’ont interprétée quelque deux cents fois lors de tournées depuis sa création en 1999.

On peut maintenant y ajouter la Cendrillon imaginée et créée en 2013 par un autre Français Thierry Malandain pour son Centre chorégraphique national (CCN) de Biarritz qui la reprend pour une série de représentations notamment du 9 au 18 avril au Théâtre national de Chaillot à Paris. Créé en 1998, le CCN de Biarritz est un des 19 CCN de la décentralisation chorégraphique française.

Avec Maguy Marin secondée par sa décoratrice Montserrat Figueras, le spectacle oscille entre grotesque et poésie. La satire prend le pas sur la danse académique. Les protagonistes, comme sortis d’une boutique de jouets sont masqués, ont une démarche hésitante comme des enfants ayant grandis trop vite et mal à l’aise dans des corps de grands. Sa Cendrillon avec son masque d’enfant joufflu refuse un destin tout tracé.

Rudolf Noureev a été convaincu par une idée du metteur en scène et décorateur Petrika Ionesco : transposer le conte dans l’univers du cinéma hollywoodien des années trente , sans modifier la mécanique de l’histoire . Découverte par un producteur, Cendrillon fait un essai et accroche au passage le cœur de l’acteur-vedette. On retrouve les deux sœurs ridicules et envieuses, leur mère, marâtre odieuse de Cendrillon et son père trop faible.

Jean-Christophe Maillot n’a pas hésité pour donner plus d’humanité à son héroïne à bouleverser habilement le livret et à nous convier à plonger dans l’inconscient des personnages.

Thierry Malandain quant à lui appartient à cette catégorie d’artistes de la danse qui s’attache au fil de ses créations « à développer une écriture en quête d’une harmonie entre le moderne et le classique ». Ses danseurs sont recrutés dans cet esprit. Lui-même est passé comme danseur par l’Opéra de Paris, le Ballet du Rhin et le Ballet français de Nancy. Sa Cendrillon accomplit un rêve dont le conte illustre les étapes, un rêve qui, selon lui, symbolise « l’accomplissement de soi ». En cela il est fidèle à Prokofiev qui affirmait : « Ce que j’ai voulu exprimer avant tout par la musique de Cendrillon est l’amour poétique de Cendrillon et du Prince, la naissance et l’éclosion de cet amour, les obstacles dressés sur son chemin et finalement, l’accomplissement d’un rêve. »

Avec son CCN de Biarritz, il ne dispose que de vingt danseurs mais fait avec. Sans changement de décor, avec des accessoires réduits, il règle avec poésie et humour les scènes burlesques du bal, de même que de gracieux pas de deux, des ralentis, des variations fluides dans des couleurs grises et noires très mode qui veulent rappeler la cendre du foyer d’où vient Cendrillon confinée par sa belle-mère aux tâches ménagères. L’horizon s’éclaircit lorsqu’apparaît le prince subjugué par la beauté de l’inconnue en contraste avec les deux demi-sœurs interprétées par des hommes selon la tradition, les elfes roses qui suggèrent un bosquet, la marraine fluette.

Cendrillon chorégraphie de Thierry Malandain (durée) 1H40

Théâtre national de Chaillot à Paris, 9 au 18 avril 2014
24 , 25 , 26 avril, Opéra de Reims
7 et 8 août, Gare du Midi à Biarritz
Diffusion sur France 2 le 9 avril 2014 vers 23H45 de la captation réalisée lors de la création en 2013 à l’Opéra Gabriel du château de Versailles.

Photos ©Olivier Houeix

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