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Critiques / Théâtre

Le Journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau

par Gilles Costaz

Célestine et le désir des hommes

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Célestine est une femme de chambre sans grande moralité. Mais les patrons qui l’emploient et les hommes qu’elles fréquente sont bien plus immoraux qu’elle : bourgeois pervers, prolétaires sans scrupules. Elle épousera même, pour être libre, un jardinier dont elle se doute bien qu’il est voleur, violeur et assassin ! Peut-on transposer le roman d’Octave Mirbeau, publié en 1900, dans les années 70 ? C’est ce que tentent Philippe Honoré, pour l’adaptation, et Philippe Person, pour la mise en scène. Le transfert n’est pas totalement réussi à travers l’idée de faire de Célestine une femme qui a écrit sa vie et vient en parler à la télévision : ce fil n’est pas tiré tout au long du spectacle et ne fonctionne pas tout à fait. Mais placer l’action à la fin du XXe siècle dans une France provinciale étriquée et pleine de lourds secrets, cela convient à merveille ! D’une certaine façon, Mirbeau, c’est du Chabrol, même si c’est Bunuel qui (entre autres) l’a porté à l’écran. Person et le décorateur Vincent Blot coupe la scène en deux. A gauche, Célestine est seule dans son univers, et avec son livre ; elle se confie. A droite, près d’un tableau noir (avec photo de Pétain ! ) ou d’un atelier de bricolage – les éléments changent -, tous les hommes du roman sont là, allant et venant, joués par un seul acteur, Philippe Person. Parfois, les tubes de l’époque, Joe Dassin par exemple, se glissent entre les révélations de tous ces mâles, tranquillement sordides.
Florence Le Corre-Person compose une Célestine tout à fait originale, fort différente des interprètes charnues et bourrues qu’on a pu voir avant elle (Geneviève Fontanel, Natacha Amal). Très fine, elle distille un acide secret, un air d’innocence subtilement trompeur, un parfum d’enfance qui renouvelle en beauté l’ambiguïté du personnage. Philippe Person change de personnage dans une belle habileté, avec une grande sûreté dans le dessin d’une série de crapules – individus qu ne lui sont pourtant pas familiers tout au long de sa grande carrière. La mise en perspective de l’oeuvre est plus un exercice brillant qu’une restitution totale du roman. Mais l’exercice est réussi.

Le Journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau, livre adaptation de Philippe Honoré, mise en scène de Philippe Person, décor de Vincent Blot, lumières d’Alexandre Dujardin, avec Florence Le Corre-Person, Philippe Person et la voix de Nicolas Raccah.

Le Lucernaire, 18 h 30, tél. 01 45 44 57 34, jusqu’au 31 octobre. (Durée : 1 h 05).

Photo Alexandre Dujardin.

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