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Critiques / Théâtre

Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux

par Gilles Costaz

La comédie de la manipulation

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Aucun respect pour le décorum traditionnel de Marivaux ! Rien de l’imagerie d’un Fragonard ou d’un Watteau ! Les femmes portent des robes légères bleu et rouge, les hommes des tenues d’été d’aujourd’hui, et l’on n’hésite pas à se singulariser avec des couleurs folles et des habits incongrus dans un cadre clos par trois ou quatre plantes vertes. Salomé Villiers a allégé Le Jeu de l’amour et du hasard,l’a transposé aux temps modernes et l’a rythmé par des intermèdes filmiques qui surgissent lorsque les acteurs tendent un rideau et cessent de jouer quelques minutes : ce sont les scènes qu’on ne devrait pas voir, nullement coquines mais burlesques, tournées dans une maison bourgeoise aux nombreux couloirs et recoins.
Silvia et Dorante, qui ont tous deux eu l’idée de se déguiser en domestique pour observer le fiancé ou la promise à venir, peuvent-ils défier les préjugés de classe que leur stratagème a amplifiés jusqu’à l’insupportable ? La mise en scène accélère le mouvement, que le jeu classique tend à ralentir et à suspendre, et privilégie le rôle de la manipulation : le père et le frère de Silvia, qui tirent les ficelles du malentendu, sont omniprésents comme jamais.
Salomé Villiers fait partie de ces jeunes insolents qui bousculent sans crainte les procédés de papa et tombent à pieds joints sur une solution nouvelle, heureuse et rafraîchissante. Elle s’amuse doublement, comme metteur en scène et comme interprète de Silvia, qu’elle joue avec bonheur en jeune fille hagarde, rêveuse et gentiment triste. Raphaëlle Lemann compose une Lisette proche des femmes libres d’à présent et le fait avec un tonus qui ne faiblit pas. Philippe Perrussel, chargé du rôle du père, et Bertrand Mounier, qui incarne un frère peu conformiste, ont l’allant des acteurs de music-hall. François Nambot, en élégant que son travestissement contraint à porter bretelles et godillots, maintient bien la présence de l’intériorité et de la rêverie dans le tohu bohu de la comédie. Etienne Launay, en Arlequin, a plus l’air d’un homme du monde qui jouerait à se prolétariser que d’un rustre costumé en aristo, mais il est lui aussi très savoureux. Ils trahissent si bien la tradition qu’ils sont au cœur même du rire et du songe de Marivaux.

Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, mise en scène de Salomé Villiers, assistanat de Lisa de Rooster, vidéo de Léo Parmentier, avec Salomé Villiers, Raphaëlle Lemann, Philippe Perrussel, Bertrand Mounier, François Nambot, Etienne Launay.

Lucernaire, 20 h, tél. : 0145 44 57 34, jusqu’au 23 octobre. (Durée : 1 h 15).

Photo Hélène Soubeyrand, La Boîte aux lettres.

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