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Critiques / Théâtre

Le Gros Diamant du prince Ludwig de Lewis, Sayer et Shields

par Gilles Costaz

Drôle de diam’

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Les diamants ne devraient dormir que d’un œil. Il y a toujours des truands qui, eux, ne ferment pas l’oeil pour chercher les caches à trésor et rêver du pactole que pourraient leur procurer ces cailloux luminescents. Dans le cas du « gros diamant du prince Ludwig », le jeu en vaut la chandelle. On n’a pas vu plus colossal depuis la nuit des temps. La pierre est gardée dans une banque américaine où les système de sécurité sont au maximum – sans que l’électronique intervienne : nous sommes dans les années 50, les gangsters et les flics semblent sortir des séries B de cette époque-là. Quelques taulards sortent de prison pour se mettre sur l’affaire. Cela n’empêche pas d’être amoureux et, pour l’un d’eux, de séduire une jeune femme innocente qui ne le restera pas longtemps. La belle a non seulement l’avantage d’être sexy mais aussi l’atout d’être la fille du directeur de la banque. C’est parti pour le casse. Mais les plus âpres à la cueillette du diamant ne sont pas nécessairement ceux qui ont un casier judiciaire gros comme leurs bras de forçats...
Les auteurs anglais des Faux British, Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields, s’en donnent une nouvelle fois à cœur joie, en se fichant royalement de la vraisemblance et en additionnant un nonsense hérité des Marx Brothers et l’univers du polar américain. Il s’agit, avec ce bagage, de trouver la liberté loufoque de la BD et d’en donner le souffle délirant en direct, en concret, sans trucage, sur la scène d’un théâtre. Cette folie est la marque de fabrique des auteurs mais, dans le cas du spectacle du Gymnase, elle appartient aussi à Gwen Aduh qui a adapté la pièce à sa façon et l’a mise en scène comme on prépare une course d’obstacles avec quelques vertiges au programme. C’est risqué puisque le spectacle est très physique avec des gags millimétrés et des déplacements aventureux qu’on hésite à appeler cascades (car le danger reste limité) mais qui ne sont pas courants sur les scènes parisiennes. Ne voit-on pas une partie des acteurs monter dans les cintres, y ramper et en descendre sur des filins tout en jouant leur texte ? Après un démarrage un peu lent, la soirée devient explosive. On pourra retenir, garder pour son anthologie personnelle de spectateur trois grands moments spectaculaires : une scène dans une chambre où le couple central, sans cesse dérangé, réagit de diverses façons à l’entrée inopinée de personnages importuns, une représentation verticale d’une action gérée par la loi de la gravitation (on ne veut pas en dire plus...) et l’attaque de la banque depuis le plafond. Cela ne signifie pas que les autres moments ne sont pas d’une logique illogique menée à son terme avec un parfait savoir-faire, comme lorsque le gardien de la banque – l’excellent Philippe Bêche, qui a sa manière troueble et secrète de jouer la pesanteur humaine – voit son directeur exister sous trois aspects différents. Certains des acteurs viennent du cirque ou du théâtre de rue et sont capables d’audaces peu banales, principalement Niko Dogz, aussi drôle qu’acrobatique. Mais tous, Jean-Baptiste Artigas, Aurélie de Cazanove, Pierre Dumur, Lionel Fernandez, Jean-Marie Lecoq, Julien Pouletaud, Pascal Provost, Aidje Tafial, savent être étonnants, certains d’entre eux se transformant régulièrement en petite formation de jazz-rock et tous sachant venir chanter à l’avant-scène. Miren Pradier, dans le rôle de la belle héroïne, étincelle. Quelle belle dinguerie populaire et salutaire ! Ce feuilleton théâtral casse la baraque, en riant et sans prudence.

Le Gros Diamant du prince Ludwig de Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields, adaptation et mise en scène de Gwen Aduh, avec Jean-Baptiste Artigas, Jean-Philippe Bèche, Aurélie de Cazanove, Niko Dogz, Pierre Dumur, Lionel Fernandez, Jean-Marie Lecoq, Julien Pouletaud, Miren Pradier, Pascal Provost, Aidje Tafial.

Théâtre du Gymnase, 20 h 45 du mercredi au samedi, tout l’été, tél. : 01 42 46 79 79. (Durée : 2 heures).

Photo Christophe Raynaud de Lage.

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