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Le Festival MAR.TO version 2017

par Dominique Darzacq

Ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre

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Il y a dix-sept ans, trois directeurs d’entreprises culturelles des Hauts-de-Seine convaincus que la marionnette, pour ancestrale qu’elle soit, pouvait parler d’aujourd’hui à un public d’aujourd’hui, décidèrent d’unir leurs efforts pour élargir le cercle des connaisseurs d’un art, à l’époque encore un peu marginal, et créèrent MAR.TO. Depuis, poupées, marottes, ombres et objets, de Strasbourg (TPJ) à Paris (le Mouffetard) en passant par la banlieue (Théâtre Jean-Arp, à Clamart), ont acquis un meilleur droit de cité. Pour sa part, MAR.TO en fédérant autour de lui d’autres institutions des Hauts-de-Seine, rassemblait au fil de ses éditions un vaste public conscient de ce qu’il va voir. Une conquête qui semble avoir infléchi une programmation jusqu’ici résolument et délibérément réservée au seul public adulte. En effet, la quinzaine de spectacles à l’affiche de cette nouvelle édition (du 10 au 26 mars) - copilotée désormais par neuf théâtres et acteurs culturels du département – sont pour la plupart à voir en famille y compris dès l’âge de 18 mois (Comme un souffle à Issy-les-Moulineaux)
Changeant radicalement son fusil d’épaule, MAR.TO ne modifie pas ses visées. Celles de témoigner de la vitalité et du foisonnement des formes de l’art de la marionnette et du théâtre d’objets. « Mettre à l’honneur la manipulation en tout genre » précise le programme de cette nouvelle édition, où l’on manipulera même des sons (Fantôme, un léger roulement, et sur la peau tendue de notre tympan à Châtillon). MAR.TO ne serait pas tout à fait ce qu’il est sans la folle et devenue traditionnelle Nuit de la marionnette proposée par le Théâtre Jean-Arp à Clamart qui cette année propose pas moins de 15 spectacles dont 4 créations, de tout genre et format, à découvrir de 20h à 6h le lendemain matin, dans tous les coins et racoins du théâtre, un véritable jamborée marionnettique riche d’insolite et d’inattendu qui s’achèvera par un karaoké animé par les marionnettes de la troupe Fait Maison (11 mars).

De spectacles en salle en formes inédites présentées dans les vitrines, de spectacles de rue en propositions sous chapiteau, le Festival fait se côtoyer les formes atypiques comme les plus traditionnelles nous réservant de l’un à l’autre quelques belles découvertes. Tandis qu’à Antony, avec la Compagnie Bêtes de foire, objets et marionnettes grandeur nature feront leur cirque, se joueront de l’équilibre et du vide sur des roulements de tambours, à Malakoff l’Ensemble Musica Nigella, dirigé par Takénori Némoto et Jean-Philippe Derousseaux pour la réalisation scénique, emprunteront à la tradition japonaise du Bunraku pour nous proposer « une relecture poétique » du Pierrot Lunaire d’Arnold Schoenberg.
Comme à son habitude, MAR.TO se plait à mettre au coude à coude compagnies reconnues et troupes émergentes et tisonne quelques fidélités qui permettent au public d’être le témoin de l’évolution d’un(e) artiste ou d’une équipe. C’est ainsi que l’on retrouve à l’affiche de cette nouvelle édition la Compagnie Les Anges au plafond qui avec Du rêve que fut ma vie retisse sur la vie tragique de Camille Claudel sculptrice hors normes enfermée de force dans un asile psychiatrique et, à travers sa correspondance, « trace le portrait d’une femme entière face à sa vie et à son art » (21-22 mars à Antony).


L’Institut Benjamenta un des temps forts du Festival

Retrouvailles également et pas des moindres avec Bérangère Vantusso, que le public du Festival MAR.TO avait pu découvrir avec Les Aveugles de Maeterlinck. Comédienne, metteur en scène, marionnettiste qui depuis le mois de janvier dernier dirige le Studio-Théâtre de Vitry, Bérangère Vantusso estime que la marionnette peut porter de grands textes, être passeur des questions qu’ils soulèvent. . Elle en fait magistralement la preuve avec L’Institut Benjamenta de Robert Walser (1878-1956), auteur suisse de langue allemande admiré d’écrivains comme Musil, Zweig, Kafka et qui comme eux regarde et cerne les bouleversements qui ébranlent le XXème siècle naissant sans pour autant prendre parti. Dans ce roman écrit sous forme d’un journal, Jacob von Gunten, issu d’une famille bourgeoise qui a pour ambition de « devenir un zéro tout rond », y raconte son entrée et sa vie dans une école de domestiques dirigée par l’autoritaire et brutal Monsieur Benjamenta et sa sœur Mademoiselle Lise, la douceur même. Jacob les observe, eux et ses camarades, parfois sort en ville et tout ce qu’il voit nourrit sa réflexion et ses rêveries, tandis que son plaisir à obéir sans discuter, sa soumission quasi diabolique font éclater les structures de l’Institut qui finit par disparaître.

Une histoire aux saveurs de conte surréaliste qui soulève bien des questions sur la réalité du pouvoir, et pain béni pour Bérangère Vantusso qui pour mieux brouiller les frontières entre comédiens et marionnettes, manipulateurs et manipulés, entre le vivant et l’artificiel, mixe technique du Bunraku et esthétique hyperréaliste.
Sur un long comptoir en bois (scénographie Marguerite Bordat) sont posées de grandes boîtes en carton, les comédiens manipulateurs en sortent le buste grandeur nature des élèves domestiques dans leur livrée. Tous semblables ou presque, comme sortis du même moule. Des élèves troncs auxquels les comédiens- manipulateurs prêtent leurs jambes, un singulier assemblage où se confondent l’animé et l’inerte et suggère d’étranges chimères. Au fil de l’histoire les corps et les voix se dissocient, se rejoignent, se dispersent en un ballet fantasmagorique et la figure de Jacob se multiplie, envahit l’espace à mesure qu’elle s’immisce dans l’esprit de Monsieur Benjamenta. L’ogre vorace, le directeur tout puissant s’abandonne et s’en remet à sa proie pour ensemble aller dans le désert, « je sens que la vie exige du mouvement, non des réflexions ». Un conte à rebours en somme auquel Bérangère Vantusso et son équipe donnent tout son jus de narquoise cruauté, de légèreté profonde nimbée de fantastique. Vu à Lille, ce spectacle, à ne pas manquer, sera un des moments forts du Festival MAR.TO (Théâtre Jean-Arp à Clamart 24-25).

L’Institut Benjamenta d’après Robert Walser, adaptation Bérangère Vantusso et Pierre -Yves Chapalain, mise en scène Bérangère Vantusso avec Boris Alestchoukoff, Pierre-Yves Chapalain, Anne Dupagne, Guillaume Gilliet, Christophe Hanon, Philippe Richard, Philippe Rodriguez-Jorda (1h30)

Tournée  : CDN de Thionville-Lorraine( 57) du 8 au 10 mars, Charleville-Mézières (08) (Festival Mondial de la Marionnette) en septembre

Lieux du festival MAR.TO  : Antony, Châtenay-Malabry (Théâtre Firmin Gémier/ Piscine 01 41 87 20 84), Bagneux ( Théâtre Victor-Hugo 01 46 63 96 66), Clamart (Théâtre Jean-Arp 01 41 90 17 02), Fontenay-aux-Roses (Théâtre des Sources 01 71 10 73 71), Malakoff (Théâtre 71, 01 55 48 91 00 ), Châtillon (Théâtre de Châtillon 01 55 48 06 90), Issy-les-Moulineaux ( Théâtre des Cerises 01 41 23 84 00 et La Halle des Epinettes) ,Meudon-la- Forêt (Espace Robert Doisneau 01 41 14 65 50), Nanterre (Université Paris-Nanterre 01 40 97 56 56

Photos : 1 « Pierrot Lunaire » © Gabriele Alessandrini , 2 "Bêtes de Foire" ©Pesqué, 3 et 4 « L’institut Benjamenta » ©Ivan Boccara

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