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Critiques / Théâtre

Le Dernier jour d’un condamné d’après Victor Hugo

par Gilles Costaz

Tempête sous un crâne

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Hugo écrivit Le Dernier Jour d’un condamné pour dénoncer la peine de mort. Son personnage subit l’oppression de la prison et va jusqu’au moment de son exécution par guillotine. Il fait face à toute une « tempête sous un crâne », pour reprendre l’une des expressions de l’auteur dans un autre contexte. Ce récit a déjà été beaucoup joué au théâtre, souvent par des comédiens âgés qui, dans leur composition, se souvenaient volontairement ou non de la figure de Jean Valjean. Le spectacle de François Bourcier entreprend, au contraire, un rajeunissement du texte en amplifiant la forme du monologue et en privilégiant le temps du présent quand Hugo utilise le passé. Comme le précise l’adaptateur, David Lesné, « les références écrites qui plaçaient le texte dans une date ou dans un temps donné ont été supprimées. Ce texte est et reste d’actualité, et le reste longtemps. Il se place dans tous les temps ». D’ailleurs, le spectacle se conclut avec la voix de Robert Badinter annonçant la suppression de la peine capitale en 1981.
Le décor est blanc, au sol et sur la paroi où s’inscrit une petite fenêtre avec barreaux. Juste un tabouret pour le condamné à la chemise blanche échancrée se débat dans sa cage. L’homme s’immobilise, tourne en rond ou se place à côté de la scène. Sa parole, sa projection du texte sont interrompues et rythmées par des chutes régulière, le corps se couchant sur le sol, et le martèlement d’une musique répétitive qui oscille entre le fracas et l’espoir. Tout a coup les images projetées basculent dans le XXe et le XXI siècle : ce sont des photos de famille, avec des enfants, symboles de ce que l’homme emprisonné a perdu à jamais. Un tissu blanc et sanglant entre en jeu : autre symbole de cet univers du malheur. La soirée est conçue dans un rythme impitoyable et selon une grande maîtrise. Mais les effets visuels et sonores s’accumulent, comme à coups de marteau. On en enlèverait bien quelques-uns, d’autant que l’interprétation de William Mesguich est une totale prise en main du texte, de ses ressorts, de son émotion et de sa force politique. Il y a tant de force et de fragilité chez ce comédien dont la nature méditative et la jeunesse brûlante donnent un éclat nouveau à ce type de personnage hugolien. Il a simplement trop de baroque autour de lui.

Le Dernier Jour d’un condamné d’après Victor Hugo, adaptation de David Lesné, mise en scène de François Bourcier, avec William Mesguich.

Studio Hébertot, 19 h, tél. : 01 42 93 13 04, (Durée : 1 h 15).

Photo Chantal Depagne.

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