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Critiques / Théâtre

Le Dernier Chant d’après Anton Tchekhov

par Gilles Costaz

Le théâtre comme une boîte

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S’il y a, au théâtre, des montages de textes qui semblent trop scolaires ou trop artificiels, celui qu’a opéré Emmanuel Ray sous le titre Le Dernier Chant échappe à ces deux tendances. En effet, Ray a traqué dans les pièces et les nouvelles de Tchekhov ce qui avait trait au théâtre, surtout ce qui était mélancolique, un peu désespéré, nimbé de pathétique même si l’amour des autres reste toujours en arrière-plan de l’ironie ou de la tristesse. C’est ainsi qu’il a cousu, notamment, un moment consacré à l’opéra, des paroles d’un souffleur qui voudrait être acteur, des propos sur une actrice qui manque d’hygiène mais est sublime en scène, le fameux Chant du cygne où, enfermé dans un théâtre après la représentation, un comédien revoit sa vie et ses rêves, et les confidences de Nina dans La Mouette quand celle-ci se débat douloureusement, confrontée à des rôles et une vie médiocres. Joli parcours, tout en facettes aux scintillements toujours changeants.
Mélanie Pichot et Emmanuel Ray ont d’abord enfermé le spectacle dans une boîte. C’est un vrai bonheur de voir le spectacle fonctionner dans cette sorte de cabine où tout a lieu en gros plans et en attitudes saisies dans l’essentiel du geste. A mi-parcours la boîte s’ouvre, ce qui banalise l’image théâtrale mais donne une autre respiration à l’interprétation du Chant du cygne. Les acteurs ont un beau tempérament : Emmanuel Ray a une présence de flamme et de songe, Fabien Moiny une drôlerie d’une grande saveur, Mélanie Pichot une netteté qui contredit avec efficacité la tradition des langueurs tchékhoviennes. Ils nous offrent un juste et beau miroitement d’émotions.

Le Dernier Chant d’après Le Chant du cygne et des nouvelles de Tchekhov (traduction d’Yves Bastide), adaptation et scénographie d’Emmanuel Ray, mise en scène de Mélanie Pichot et Emmanuel Ray, son de Tony Bruneau, lumière de Natacha Boulet-Räber, avec Emmanuel Ray, Mélanie Pichot, Fabien Moiny.

Théâtre de d’Epée de bois, Cartoucherie de Vincennes, tél. : 01 48 08 39 74, jusqu’au 7 mai. Reprise au Nouveau Ring, festival off d’Avignon. (Durée : 1 h 10).

Photo Alice Coutanceau.

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